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Les « Petites causeries pédagogiques » de Jean-François
Article mis en ligne le 21 juin 2012
dernière modification le 22 juin 2012
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En voici quelques unes,

repérées sur le site de « La maison des enfants » (auquel on peut s’abonner pour être avertis des nouveaux articles, des « Petites causeries pédagogiques »)

(A suivre)

Aujourd’hui, le Chef d’œuvre pédagogique.

Hier, s’est déroulé le premier Chef d’œuvre pédagogique de l’année. Le moment a été dense. Ceux qui suivront le seront aussi. Nous le savons déjà ! Voilà où réside la puissance de cette pratique au sein de l’école. Quand les enfants présentent l’aboutissement de leur travail, ils sont déjà sûrs d’être soutenus et admirés. Mais pour comprendre cela, il faut éclairer la question selon différents angles, car l’aspect scolaire n’en est qu’une des multiples facettes.

Le premier sera historique. Le Chef d’œuvre pédagogique proposé par Charles Pepinster, il y a plus de trente ans, a été emprunté à Célestin Freinet. Ce dernier s’était lui-même inspiré des Compagnons du Tour de France et du travail qu’ils devaient fournir à la fin de leur périple. Eux-mêmes honoraient un héritage plus ancien encore. Nous venons de loin ! Toutes ces étapes, malgré leur décalage dans le temps ont été traversées par une même pensée : cheminer et faire cheminer vers un certain aboutissement ; accompagner et pousser la réflexion ; critiquer et proposer le mieux. C’est encore vrai.

Le deuxième sera pédagogique. En amont d’une présentation, un travail très important a été effectué autant que des attitudes particulières ont été sollicitées. Parmi la soixantaine de consignes proposées en guise de ligne de conduite, il faut en choisir. Et le choix n’est pas facile si l’on veut bien faire. Il faut se projeter, s’engager, faire preuve d’audace et d’autonomie, se tromper, recommencer. Et « faire » car toutes les ébauches doivent aboutir puisqu’elles vont être communiquées. Les connaissances acquises préalablement doivent être rassemblées, triées, mobilisées pour parvenir au bout. Bien sûr, seul, à onze ou douze ans il n’est pas envisageable d’y parvenir. C’est pourquoi un parrain ou une marraine accompagne l’enfant. L’avantage, c’est qu’il n’est ni un des parents, ni un des professeurs. Il est une grande personne avec qui on dialogue. Les rapports sont beaucoup moins hiérarchiques, ce qui permet de moins s’effacer.

Le troisième sera symbolique. La fin de la scolarité primaire marque un double passage : celui, institutionnel, vers la « grande école », l’autre symbolique, vers l’adolescence. Le Chef d’œuvre pédagogique participe à marquer ce moment, cette rupture nécessaire d’un état à un autre. D’aucun affirment que notre société manque cruellement de « passages initiatiques ». Le Chef d’œuvre en est un qui s’inscrit dans une visée d’émancipation de la personne.

Le quatrième sera…. le regard d’autres pédagogues. Outre ses promoteurs (Freinet, Pepinster), d’autres personnes se sont penchées sur le sujet soit pour l’expliquer, soit pour le comprendre.
Léonard Guillaume (2001) a publié « Exposés interactifs des élèves. Pourquoi ? Comment ? ». Dans cet ouvrage, il décrit de manière très précise les aspects didactiques et les effets psycho-pédagogiques du Chef d’œuvre.
Jean-Pierre Pourtois et Huguette Desmet (1997-2003) analyse la « Pédagogie de Chef d’œuvre » et en font un chapitre complet de leur ouvrage « L’éducation post-moderne ». Celui-ci commence d’ailleurs par ces quelques lignes : « Et vous madame, vous avez déjà présenté un Chef d’œuvre ? (Un enfant de la Maison des Enfants) ». Un des besoins identitaires fondamentaux serait rencontré par cette manière de faire.
Jean-Pierre Pourtois et Boris Cyrulnick (2007) insiste sur l’effet très bénéfique du Chef d’œuvre pédagogique dans leur ouvrage « Ecole et résilience ». Ces auteurs évoquent l’impact réel sur l’estime de soi des enfants de ce long travail. Ils citent nommément la « Maison des Enfants ».
Cette année, une petite fille nous a déjà annoncé « Moi, je n’ai pas encore présenté, mais je suis déjà fière de moi. C’était difficile. »
Jean Houssaye ((2007), dans son livre « Nouveaux pédagogues. Pédagogues de demain ? » offre une place de choix au sujet puisqu’il consacre un chapitre complet à Charles et à ses propos sur son « invention scolaire ».
Et il y en a d’autres : Lire et Ecrire qui l’utilise abondamment, « CapTen : soit capitaine de ton projet », sponsorisé par les plus grandes entreprises belges, se réfère explicitement à la Maison des Enfants, des écoles secondaires, certaines universités où il est enseigné (UMH, Luxembourg, Liège),…

En conclusion, ces quelques lignes ont pour objet de montrer que le Chef d’œuvre pédagogique est bien plus qu’une pratique scolaire, que pour en comprendre les tenants et aboutissants, il faut bien plus que les outils habituellement utilisés pour « évaluer » les élèves.
Il est aussi bien plus qu’une pratique originale liée à la Maison des Enfants. Il s’inscrit dans une visée humaniste de l’éducation défendant des idéaux démocratiques et d’émancipation, de solidarité et de créativité.
A méditer.
JF Manil


Aujourd’hui, la débrouillardise.

Depuis l’aube de son existence, l’Ecole a eu pour mission d’instruire. Plus récemment, le débat s’est élargi à la possibilité, voire l’obligation, que l’école avait d’assumer deux tâches distinctes : instruire et éduquer. C’est sur cette base que le discours au sujet de l’abandon du rôle éducatif des parents s’appuie. La vision dichotomique traditionnelle est : l’enfant à la maison, l’élève à l’école.

Triste conception qui provoque des drames plus nombreux qu’on ne le pense. En effet, comment un enfant pourrait-il endosser uniquement un statut d’élève en oubliant tout le reste ? Là n’est pas le propos, et pourtant son origine s’y trouve. Comment allier les deux perspectives sans tomber dans des travers fâcheux ? Notre réponse a été d’offrir aux enfants la possibilité de se « débrouiller ». En 1549, cela voulait dire « rendre intelligible à l’esprit ce qui est embrouillé ». En 1822 « se tirer d’affaire, voir clair dans quelque chose » (Michelet, Mémorial, p. 191). En 2012, à la Maison des Enfants, cela veut dire « Etre élève pour construire des savoirs scolaires et culturels ; rester enfant pour investir la vie et le monde et tenter de les comprendre ». Je pense en effet que la débrouillardise est une qualité qu’il faut, entre autres, particulièrement développer à l’école. Les enfants aiment se débrouiller pour comprendre : « donne-nous des fractions avec des « plus » et des « fois » pour comprendre la différence », « Je prends des jetons pour compter », « Il n’y a plus d’orange, j’en fait avec du rouge et du jaune ».

Ils aiment aussi se débrouiller pour faire aboutir des projets qui leur tiennent à cœur : l’un organise une audition pour une pièce de théâtre, l’autre écrit qu’il a perdu son pull et le recherche, comme les grosses balles sont interdites, on joue au foot avec une balle de tennis, je copie la consigne sur un bout de papier avant d’aller chercher dans un autre local (ben oui, il n’y a pas assez de place pour tout le monde), j’organise le prêt des cartes à jouer et des livres de la bibliothèque, je vérifie avant d’aller aux toilettes qu’il y a encore du papier….

Les exemples sont multiples, variés et tous plus surprenants les uns que les autres. Dès le plus jeune âge, quand on le leur permet, les enfants sont capables de se « débrouiller » pour entrer dans la vie. L’école doit constater ce fait, en profiter et valoriser chez tous cette qualité. Car, admettons-le, pour vivre à plus de huit milliards sur cette terre, ne plus reproduire Fukushima, remettre la neige sur le Kilimandjaro, partager l’eau douce et les ressources alimentaires, …apprendre à accorder sans faute les participe-passés, c’est bien, mais être débrouillard, c’est bien aussi !

A méditer

JF Manil


Aujourd’hui, la rentrée.

Ce matin, j’ai improvisé.

Mais à la réflexion, on n’improvise jamais.

Je savais que c’était vrai de parler des petits qui rentraient en maternelle et dont les mamans étaient tellement émues qu’elles en versaient une larme.
Une de celles-ci est venue me rappeler que les papas aussi pouvaient être émus…

Je savais que les enfants étaient friands d’entrer ou de rentrer à l’école.
L’un d’eux m’a demandé : « On commence quand le Chef d’œuvre ? », un autre m’a dit : « J’attendais ça depuis que je suis sorti », certains sont venus peindre avec nous pendant les vacances… Et tous les petits étaient assis, les bras croisés, attendant qu’on leur apprenne à lire…

Je savais que l’Ecole est au croisement des choix de société. Qu’elle essaie, tant bien que mal, de rester fidèle aux principes qui l’ont fondée autant qu’elle tente de s’en dégager. Parce que l’Avenir n’est pas le Passé.
La multitude de parents et d’enfants présents indiquait suffisamment clairement que le « Passé » allait servir le « Présent » pour un avenir que l’on espère toujours meilleur…

Je savais qu’une école doit afficher ses valeurs. Voilà pourquoi j’ai dit que l’on apprenait par soi, pour soi, mais avec les autres. Et peut-être même pour les autres. Parce que seule la solidarité a sauvé l’Humanité et la sauvera encore.

Un papa est venu me trouver pour me dire : « Je crois qu’avant d’avoir sauvé l’Humanité, la solidarité l’a créée. » Crénom ! Il m’a retourné. Vraiment.

A méditer

JF manil

Pour information, le blog de la Maison des Enfants a déjà reçu plus de 11.000 visites. Merci à Yo.


Aujourd’hui, une réunion de parents.

Hier, lundi 10 octobre, la première réunion de parents a eu lieu.
Dans nos souvenirs, des images réapparaissent : liste avec des heures correspondant à des noms, échelonnage tous les quarts d’heure, bulletin noté que l’on nous présente. Comme si l’identité d’un élève se limitait à une liste de notes.

On se souvient aussi de réunions plénières, pendant lesquelles le directeur ou le préfet nous exposait le règlement d’ordre intérieur et parfois les grands principes régissant les pratiques éducatives.

Derrière ces pratiques, de vieux principes de soumission à l’autorité, vieux comme l’Ecole.

Hier, tout s’est passé autrement.

Les enfants avaient préparé une foule de traces d’apprentissage, partout dans la Maison. Ils savaient que les parents allaient venir et qu’il fallait leur faire comprendre comment on apprenait ici.

Et les parents sont venus. Des nouveaux, des plus anciens, des parents d’enfants du primaire, d’autres de maternelle ; d’autres des deux à la fois… Ils se sont promenés en discutant et essayant de comprendre. Ils ont préparé une question à nous poser et nous avons tenté d’y répondre. « Tenté », car la pédagogie est plus une question d’interrogations que de réponses (Ah si l’Ecole pouvait plus se préoccuper de pédagogie, elle s’occuperait plus des interrogations que de réponses !).

Ensuite, nous avons regardé un dessin animé, mais pas de Walt Disney, de Ken Robinson. Ce monsieur nous proposait son analyse de l’éducation actuelle qui, en résumé, nous disait : « Pensez-vous vraiment que l’Ecole doive sélectionner pour un monde prochain que nous ne connaissons pas ? »http://www.youtube.com/watch?v=e1LRrVYb8IE

Personnellement, je me souviens avoir appris, par cœur s’entend, que nous étions quatre milliards et demi sur terre. J’ai eu un zéro pointé lors de l’interrogation car j’avais répondu quatre et demi (De fait, le prof avait de quoi s’interroger sur mes capacités à appréhender les quantités…).

Nous sommes aujourd’hui plus de six milliards (6.979.753.897).
Je crois vraiment que si ce prof travaille toujours, il aura évolué ! Il ne mettra un zéro que si on écrit six, presque sept…..

A méditer

JF Manil

PS : cette même activité à été proposée à des personnes ne connaissant pas l’école. L’une d’elles, le docteur Macq, m’a dit ceci : « On sent très fortement que l’école est organisée autour de trois axes : un pourcentage très élevé d’activités qui multiplient les expériences de réussite et de fierté ; la liberté, avec toutes les garanties de sécurité, qui permet de se concentrer de manière optimale, beaucoup plus que quand on répond à un ordre ; l’autonomie, qui permet à chacun de trouver sa place.
Il m’a envoyé quatre pages de témoignage dont je vous livrerai une partie plus tard. Patience !


Aujourd’hui, apprendre jusqu’au 23 décembre.

Hier, Sarah est allée à la visite médicale avec les plus jeunes. En revenant elle m’a fait part de la conversation qu’elle avait eue avec le chauffeur du car. Ce brave homme a pris l’initiative de venir s’asseoir auprès des enfants dans la salle d’attente. Il s’embêtait dans son car et pressentait, j’imagine, qu’il y aurait plus de raisons de s’amuser à l’intérieur.
A son retour, Sarah a témoigné de la surprise du bonhomme, étonné de voir des enfants en activité d’apprentissage, alors que « je ne fais plus que des trajets vers les cinémas et les piscines depuis cinq jours »… Au même moment, les aînés avaient le choix entre écrire ou réaliser une machine qui produise un mouvement. Onze enfants se sont engagés dans l’écriture avec le souci évident de bien faire et le sentiment palpable de grandir. Les autres se sont acharnés à construire deux machines très complexes et ont sauté de joie quand leur fusée s’est élevée à au moins….70 cm du sol.
Les moyens, entre autres, témoignaient de leur bonheur d’avoir pu présenter leurs exposés sur un animal peu connu et d’avoir pu « apprendre plein de choses aux autres. »

A quoi cela tient-il ? Les enfants qui fréquentent la Maison des Enfants sont-ils extraordinaires ? Oui, ça nous le savons et l’avons déjà écrit. Mais ni plus ni moins que tous les autres. Ce qu’il y a, je pense, c’est que les enfants n’aiment pas les choses simples et que la complexité rend plus intelligent chacun d’eux, chacun de nous, à son niveau. Je partirai de l’activité « Ecrivez mieux que moi » pour m’expliquer. Au départ, une phrase ou quelques mots simples, très simples. Le défi est de réécrire de manière complexe, beaucoup plus complexe. Mais le niveau de complexité n’est pas fixé à l’avance, ce qui permet à chacun d’y répondre avec l’occasion d’évoluer. De plus, pas de comparaison entre les productions. Evidemment qu’il y a des rédacteurs plus sensibles, plus aguerris, plus pointus que d’autres, mais comparer ne ferait qu’éteindre très rapidement l’engagement de ceux qui cherchent à s’exprimer et s’améliorer. De plus, cela ne permettrait en rien aux premiers de continuer à évoluer. Le secret se dévoile avec le temps : au début, la production de certains enfants se résumait à trois phrases ; hier, un de ces enfant a produit trois pages. Pas les plus belles du monde, pour un jury, mais les plus belles du monde pour lui…et pour moi ! Un autre a rédigé 6 phrases. Il n’en fallait pas plus. Tout était dit. Tout ça le 22 décembre.

J’affirme donc que cela devrait être similaire dans toutes les écoles : faire réfléchir à des problèmes complexes et ce jusqu’au 23 décembre. C’est une question « d’intelligence publique ». Et j’ajouterai, au risque de faire grincer des dents, que c’est aussi une question de sécurité publique, car, sur la place Saint Lambert, si beaucoup d’écoles n’avaient pas enfreint les lois de manière éhontée, la situation aurait été différente ! Et là, c’est la colère qui parle.

A méditer et à partager avec qui vous voulez.

JF Manil

VOIR les autres PETITES CAUSERIES PéDAGOGIQUES sur le site>>

P.S. :

Et voici celle d’aujourd’hui. (21 juin 2012)


30 années de GBEN


Sorti de presse fin octobre 2016, le carnet du CARHOP de Florence LORIAUX « Transformer la société par l’éducation, 30 ANS DE RéFLEXIONS ET D’ACTION DU GBEN » retrace l’histoire de notre mouvement.

Le livre (141 pages) est disponible au prix de 10 €. (plus les frais postaux éventuels).

On pourra trouver le livre chez quelques membres actifs du GBEN. Il peut être commandé à Ermeton s/Biert auprès d’Eugénie Eloy (12 € plus les frais de port) à verser sur le compte du GBEN Triodos BE22 5230 8031 3247 du GBEN asbl.



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