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Connaissez-vous Céline Alvarez ?
Article mis en ligne le 14 octobre 2016
dernière modification le 16 octobre 2016

par Michel Simonis
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Comment un échec est devenu une belle réussite.
Et une belle démonstration de ce qu’il faut faire et ne pas faire pour se lancer dans une pédagogie nouvelle.

1. "Céline Alvarez, une institutrice qui sort des entiers battu, et dénote.
2. Pourquoi Céline Alvarez n’a-t-elle pas réussi son expérience à l’école ?

  • 2009 : Formée en linguistique et passionnée par les sciences du développement humain, Céline Alvarez passe le concours de professeur des écoles en candidate libre avec l’idée de tester une démarche éducative plus adaptée.
  • 2011 : Elle obtient une carte blanche pédagogique auprès du Cabinet du ministre.
  • 2011-2014 : Elle mène une expérimentation à l’école maternelle de Gennevilliers, s’appuyant sur les travaux du Dr Montessori et l’enrichissant des apports des sciences cognitives et de la linguistique. Les progrès des enfants constatés par les parents et les scientifiques sont stupéfiants.
  • Rentrée 2014 : L’Éducation nationale ne souhaite pas poursuivre l’expérience.
  • 2014-2016 : Elle se consacre au partage des connaissances qui lui ont permis d’avoir un impact si positif auprès des enfants, à l’aide de textes et de vidéos pédagogiques.

1. Céline Alvarez, une institutrice qui sort des entiers battu, et dénote.

La jeune institutrice se lance, en 2011, dans une classe d’école maternelle en Zone d’Education Prioritaire (ZEP), qu’elle a choisi pour pouvoir mieux expérimenter son projet dans un milieu difficile, l’école Jean-Lurçat de Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

Originaire d’Argenteuil, banlieue du nord-ouest de Paris, Céline Alvarez a grandi sur cette dalle devenue célèbre depuis que Nicolas Sarkozy en fustigea un jour « la racaille ». (« Une ZEP bien corsée, se souvient-elle, celle que Sarkozy envisageait de passer au Kärcher »).

Au collège puis au lycée, l’adolescente est frappée par le « potentiel humain gâché ».
« Tous ces jeunes que je trouvais intelligents mais qui n’arrivaient pas à se fondre dans le moule et qui décrochaient, ça m’indignait ! », se souvient-elle. Dans son cercle familial, aussi, cette fille d’une employée de banque et d’un ouvrier tourneur-fraiseur se forge la conviction que « l’être humain possède un potentiel inné pour penser, créer, partager… et que le système scolaire l’empêche d’émerger ».

Titulaire d’un master en sciences du langage, elle espérait parvenir, en « s’infiltrant dans l’Education nationale, à faire bouger les lignes de l’intérieur. Son intention ?  »Y tester l’efficacité d’une démarche pédagogique nouvelle, uniquement construite autour des grandes lois naturelles de l’apprentissage, révélées par les neurosciences, afin d’aider l’école à évoluer.« Car, elle en est convaincue,  »la connaissance du fonctionnement du cerveau, notamment celui des enfants, en bouillonnement permanent, avec ses millions de synapses produites chaque seconde, devrait être le dénominateur commun universel de toute initiative pédagogique." [1]

Son parcours

Son parcours n’est pas linéaire. L’adolescente n’aime pas particulièrement l’école mais passe son baccalauréat. Hésite entre la communication et le théâtre. Cherche son chemin… et le trouve en Espagne, pays d’origine de son père, où elle donne des cours de français. « Comprendre ce qui se passe dans le cerveau des enfants bilingues, ça a été mon premier déclic. » Elle se passionne pour la linguistique et passe à distance, depuis Madrid, un master en sciences du langage.

Retour à Paris. Pour gagner sa vie, elle frappe à la porte d’une école privée Montessori, « sans savoir à quoi s’attendre », dit-elle. En visitant l’établissement, elle tombe sur des « lettres rugueuses », sorte de jeu de cartes créé il y a près d’un siècle par la pédiatre Maria Montessori (1870-1952), invitant les enfants à découvrir les lettres de façon sensorielle. Second déclic.

A l’école maternelle Jean-Lurçat de Gennevilliers, Céline Alvarez a repris les travaux de Maria Montessori [2], qu’elle a traduits et enrichis à la lumière des découvertes récentes des neurosciences et de la linguistique française. Sans le revendiquer : la « méthode Montessori » est bien trop souvent devenue « une marque, un outil marketing, où la pensée brillante, puissante de Maria Montessori se retrouve aplatie, gadgétisée », regrette-t-elle.

Rôle des différentes parties du cerveau (néocortex, lobe préfrontal, insula, hémisphères) dans l’acquisition des connaissances ; fonctionnement des synapses, des neurotransmetteurs et du système neuro-endocrinien pour favoriser ou, au contraire, bloquer les apprentissages ; facilité démultipliée d’acquisition des savoirs dès lors qu’ils procèdent d’une motivation intérieure ne résultant pas d’une contrainte... « Les intuitions visionnaires de Maria Montessori ont été confirmées par les découvertes récentes de la science. Mais on continue à appréhender l’enfant à l’aune d’idées, de valeurs ou d’idéologies. Ne trouvez-vous pas surprenant que la formation des enseignants n’intègre pas le fonctionnement du cerveau de l’enfant ? », interroge Céline Alvarez, qui le répète : « enseigner est un art, mais c’est avant tout une science »

“La clé de voûte est l’encouragement de l’autonomie de l’enfant.”

A Jean-Lurçat, Céline Alvarez a donc mis en place un certain nombre de pratiques pour certaines inédites au sein de l’Education nationale. « La clé de voûte est l’encouragement de l’autonomie de l’enfant. Entre 3 et 6 ans, ses »fonctions exécutives« , c’est-à-dire toutes les compétences d’action, qui nous permettent d’atteindre un but grâce au contrôle de soi et de nos gestes, sont en plein développement. Si, tout en bénéficiant du soutien individualisé de l’adulte, il a la possibilité de les accroître, il exercera persévérance, attention, mémoire, capacité de se corriger, confiance et créativité. »  [3]

A Gennevilliers, les élèves étaient responsabilisés : « Ils s’habillaient et se chaussaient seuls, nettoyaient eux-mêmes les objets de la classe si besoin... De nombreuses tables avaient été retirées, offrant la place au sol pour des activités sur tapis, où les enfants pouvaient rester seuls, assis, accroupis ou allongés, ou en petits groupes, échangeant librement entre eux toute la journée, et répétant autant que souhaité l’activité qui les intéressait. Or on sait aujourd’hui que ces fonctions exécutives sont directement liées aux compétences sociales : un enfant qui sait rester attentif, qui sait se contrôler aura des relations plus riches et plus apaisées avec ses camarades », raconte-t-elle.

Aujourd’hui, Céline Alvarez poursuit en dehors de l’école son entreprise de « transition pédagogique ». Tel fut d’ailleurs l’intitulé de la conférence qu’elle a donnée les 24 et 25 août 2015, dans le grand amphithéâtre – saturé – de l’université Vincennes-Saint-Denis : devant deux cent cinquante professeurs des écoles, assis en rangs serrés, en demande urgente de partage. « L’expérimentation de Jean-Lurçat n’a été qu’un point de départ, une invitation, un encouragement », raconte la jeune femme de 32 ans, qui met en ligne tous ses outils, théoriques et pratiques. Succès inouï : son blog, « La maternelle des enfants », a été visité un million deux cent mille fois à ce jour ! Tandis qu’une carte de France (et même du monde : Niger, Sénégal, Maroc, Algérie...) des professeurs optant pour les mêmes principes pédagogiques se dessine, qui ne cesse de s’étoffer.

Trop bousculée par la mise en place de cette classe « hors norme », l’école Jean-Lurçat n’a pas spécialement gardé bon souvenir des moyens privilégiés et du statut particulier dont a pu bénéficier Céline Alvarez pendant trois ans.

« A Gennevilliers, une occasion, pourtant très concluante, a été ratée. Quelle tristesse ! » dit Stanislas Dehaene, professeur de psychologie cognitive au collège de France, à qui elle a fait appel et qui a mis en évidence, dans son laboratoire , via des procédés d’imagerie cérébrale... ce qui sautait de toute façon aux yeux dans la classe de Gennevilliers. « les performances remarquables de ces enfants, qui ne bénéficiaient pourtant d’aucun soutien ou environnement favorable à la maison. » Surtout, il est marqué par l’ambiance très particulière qui règne dans la salle de classe : « J’étais en face d’enfants calmes et sereins, faisant preuve d’un grand contrôle d’eux-mêmes, des enfants engagés dans leur propre apprentissage. » Cette harmonie, ce bien-être, Anna Bisch, qui assista Céline Alvarez dans sa classe, en témoigne également : « Ils se tenaient droits à l’intérieur d’eux-mêmes, centrés. Ils n’étaient plus dans la défense, mais acteurs de leur vie. »

« N’est-ce pas cette confiance-là qu’il faut avant tout rechercher ? », demande la pédiatre Catherine Gueguen, auteur, en 2014, d’un best-seller, Pour une enfance heureuse... (éd. Robert Laffont), dans lequel elle recense et vulgarise toutes les grandes découvertes des neurosciences relatives à l’éducation. « L’école n’est pas que la transmission des savoirs, c’est aussi la formation des êtres humains. En ce sens, Céline Alvarez est en train de la révolutionner. » [4]

2. Un échec devenu une réussite.
Pourquoi Céline Alvarez n’a-t-elle pas réussi son expérience à l’école ?

Au rectorat de Versailles, les arguments avancés sont un peu confus : « manque de recul », « manque d’évaluation », « manque de cadre »… On y renvoie la balle, un peu gêné, à la Direction générale de l’enseignement scolaire chargée d’appliquer la politique du ministre de l’éducation.

Au départ, en 2011, c’est un conseiller de Luc Chatel, alors ministre de l’Éducation, qui la reçoit et l’écoute. La jeune femme peut enfin expliquer à un décideur que l’école ne sollicite pas les mécanismes d’apprentissage de l’enfant.

Séduit par son discours, le conseiller décide de lui attribuer une classe dans l’environnement qu’elle souhaite (une ZEP) et lui délivre une carte blanche pédagogique.

Durant trois années, Céline Alvarez mène son projet. Trois ans où elle ne reçoit aucun appel du ministère de l’Éducation et n’est suivie en aucune manière.

Quoique les méthodes déployées par Céline Alvarez soient validées par les chercheurs du CNRS de Grenoble, qui la suivent dans sa démarche (« le constat est sans appel : ces enfants progressent plus vite que la norme »), le projet « d’infiltrer » le système et parvenir à le changer était voué à l’échec.

En débarquant avec ce projet qui ne consiste pas à reproduire une méthode mais à en développer une, en intégrant les dernières recherches en sciences cognitives, l’institutrice bouscule un ordre établi. « Sa proposition était brutale et rapide, il fallait aménager la classe, dégager un agent spécialisé des écoles maternelles à temps complet, ce que nous ne pouvions prendre en charge » (mais finalement financé par l’association Agir pour l’école), note Richard Merra.

Il est un des adjoint à l’enseignement maternel et primaire de la ville de Gennevilliers. À la rentrée de septembre 2011, il découvre cette institutrice porteuse d’un projet innovant dans une de ses écoles et il n’est pas le seul à avoir la surprise : même l’inspectrice de l’Éducation nationale de la circonscription n’a pas été informée. « Quelle que soit la nature du projet, Céline Alvarez ne pouvait qu’être mal accueillie, le terrain lui était défavorable. Les structures des classes sont composées à la fin de l’année scolaire précédente. »

Richard Merra regrette les conditions de son arrivée : « D’un point de vue politique, son projet était très enrichissant, mais tout s’est joué sur des questions complètement annexes. Et l’idée d’envoyer une institutrice isolée dans une école au fonctionnement traditionnel crée des tensions, notamment parce qu’elle ne partageait pas les tâches avec ses collègues, puisqu’elle n’avait pas le même rythme qu’eux, pour les récréations par exemple. »

« L’expérience a finalement été clivante, car les parents sont en demande d’une chose qu’on n’est pas en mesure de leur apporter. L’Éducation nationale n’a pas préparé ce projet proprement, cela ne pouvait que créer des tensions. »

Aujourd’hui, la collectivité découvre que son départ a laissé des traces qu’il leur faut prendre en considération : les parents, acquis à la cause de Céline Alvarez, ont monté une association afin de faire perdurer son initiative.

(extraits de « La lettre du cadre »du 23/06/2015 | par Marjolaine Koch)

Céline Alvarez poursuit son chemin, des projets plein la tête, dont celui de prendre son sac à dos pour « faire un tour du monde de ce qui se fait de mieux en matière d’initiatives pédagogiques ». Elle veut, dit-elle, « chercher le trésor caché de l’être humain – car on ne l’a pas encore trouvé. Mettre en lumière les contours d’un cadre pédagogique de base, naturel et universel, pour qu’enfin chacun puisse révéler ses pleins potentiels » Concluait l’article d’ANNABELLE LOURENÇO dans Le Monde du 4 septembre 2014.

Deux années ont passé. Le livre de Céline Alvarez « Les lois naturelles de l’enfant », paru en septembre 2016, Edition Les Arenes) est déjà un best seller, en tête des ventes à la Fnac, devant le dernier Harry Potter !
Les Journaux télévisés A2 ou RTBF y font écho. Sa conférence de TEDx est à voir sur YouTube. Et son Blog est à visiter, super intéressant, super pratique et concret. Ne ratez pas une visite.


Notes :

[2Maria Montessori (1870-1952), première femme psychiatre d’Italie et extraordinaire pédagogue, qui, à force de vivre aux côtés d’enfants handicapés mentaux ou issus de milieux défavorisés, à Rome, avait ouvert dès 1907 la voie à une démarche éducative basée sur une « science de l’Enfant »

[3Ici, mes amis de l’Education nouvelle insistent sur le fait que la présence active et interactive des autres enfants n’est pas seulement favorable à la construction d’une autonomie harmonieuse avec les autres, d’un savoir-être et d’un savoir être-avec les autres, c’est aussi un ressort de l’apprentissage lui-même, la coopération par les échanges dans les activités est fondamental pour la construction des savoirs et des savoir-faire, ce qu’on nomme « socio-construction » dans l’Education nouvelle

[4Un autre livre de Catherien Gueguen vient de paraître : « Vivre heureux avec son enfant. Un nouveau regard sur l’éducation au quotidien grâce aux neurosciences affectives », éd. Robert Laffont.
A lire : « Pour une enfance heureuse. Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau », de Catherine Gueguen, éd. Robert Laffont, 210 p., 20 €.

P.S. :

Le succès de Céline Alvarez suscite de l’hostilité, on s’en serait douté, mais aussi des analyses pertinentes sur son expérience. Je note celle-ci qui peut être bien utile à ceux et celles qui se lancent maintenant dans de nouveaux projets scolaires.
"Dans beaucoup d’établissements scolaires les innovateurs peuvent être injustement mal perçus, les témoignages en ce sens sont nombreux (...)
Le changement des organisations est quelque chose d’infiniment compliqué et qui mérite, comme le défend plus ou moins explicitement d’ailleurs Céline Alvarez, de la détermination, une solide formation pédagogique et des moyens conséquents dans les petites classes de toutes les écoles. Une expérience comme la sienne est précieuse mais sa médiatisation et le fait qu’elle soit présentée comme une recette miracle ne permettra pas de passer à l’échelle. La pédagogie Montessori, la méthode Freinet et tant de théories pédagogiques ont pu irriguer l’école mais elles sont restées dans des sortes de niches scolaires… car pour changer un système éducatif il ne s’agit plus vraiment des lois naturelles de l’enfant et ça n’envoie pas du rêve mais il faut faire des choix stratégiques (former les enseignants, prioriser les petites classes) et budgétaires. A l’école on m’a appris que ça s’appelait la politique."

Louise Tourret - Pourquoi tant de profs ne supportent plus Céline Alvarez ?
Parents & enfants, 12.10.2016 http://www.slate.fr/story/125493/celine-alvarez

Une auberge espagnole pédagogique

L’an passé, les 23 et 24 août, une trentaine de pionniers Educ/Nouv ont vécu à Buzet, deux journées de gourmandises pédagogiques partagées, les uns initiant les autres pour faire fleurir des écoles tout autres.

Cette année, on remet le couvert...

Auberge espagnole pédagogique

des 24 et 25 août de 9 h à 16/17 h
à Buzet

Voici ce qui est prévu : on se rencontre librement sur le mode de la non directivité intervenante chère à Michel Lobrot (Madame Google vous en apprendra…), ce qui veut dire que ce sont les participants qui décident du programme, qui se groupent au gré de leurs désirs, sur des thèmes choisis par eux, avec des vieux briscarts branchés au courant alternatif ou avec des virginités utopistes. Chacun peut intervenir en proposant une démarche, des documents.
Tout quiconque peut proposer une assemblée générale, une vidéo, un témoignage, un verre de l’aménité, une séance d’impro… à sa guise.

A l’auberge de Buzet, on trouve de la vaisselle, des tables et des chaises et on se partagera les bonnes choses gastronomiques apportées quand on salivera devant l’étalage .

Namur n’est pas loin, son Auberge de Jeunesse est très prisée. On peut s’y retrouver le soir du 24 pour une virée vespérale…

PAF sur place de 2 à 5 euros (maximum) pour les deux jours à glisser dans la fente d’une boîte jolie.

Collecte des inscriptions nécessaires sur :

pepinstercharles@yahoo.be



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