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Les enjeux en Maternelles : ECOLIER ? ELEVE ?
Article mis en ligne le 2 février 2014
dernière modification le 6 juillet 2016

par Eugénie Eloy
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Parallèlement à la sortie du livre d’Eugénie Eloy, une réflexion se fait jour sur l’Ecole maternelle en France, et la CGé, en Belgique, se met aussi à réfléchir à la question, avec un document « Au delà de la bienveillance ».
Le débat est ouvert...

CONTRIBUTION D’EUGENIE AU DEBAT...

ECOLIER ? ELEVE ?

Deux définitions venues du « Dictionnaire Culturel en langue française » sous la direction d’Alain Rey - 4 volumes 2005 – LE ROBERT

ECOLIER :
Sans être vieilli, le mot connote une image traditionnelle, qui en France, s’est surtout formée avec l’enseignement public de 1900 à 1940. La blouse, le tablier d’écolier et nombre d’expressions disparaissent du monde contemporain qui préfère le nom d’élève.

ELEVE :
Personne qui reçoit, ou suit l’enseignement d’un maître, celui qui reçoit l’enseignement donné dans un établissement d’enseignement. Au XIXème siècle : enfant qui fréquente l’école primaire.


Donc dès que j’inscrits mon enfant dans une école il est élève !
Dès lors pourquoi entamer une polémique au sujet de ces deux appellations qui sont comprises par tous ?

Le dictionnaire ne fait pas mention de la dérive de sens actuelle de ces deux vocables, définition utilisée au sein de formations cependant généreuses…
Et pourtant, le but premier de l’enseignement maternel affiché au sein de ces formations serait :

D’amener les enfants dès le plus jeune âge (parfois dès deux ans en France, deux ans ½ en Belgique) à devenir écolier ou élève ce qui consiste, pour eux, à être formé, à comprendre, accepter, intégrer les codes, le langage, les attentes de l’école afin de mieux y répondre, afin que cela devienne une seconde nature qui leur permettra de réduire les échecs insupportables, dus le plus souvent, croit-on, à leur culture familiale ou à des difficultés psychologiques ou matérielles.

Quand ces attitudes et comportements, porteurs de valeurs différentes, sont observés, ils sont statistiquement traduits en schémas, imposant à tous une vue implacable de leur relation étroite avec le taux d’échecs scolaires ultérieurs.

A tous, s’impose alors l’idée de changer les mentalités, de structurer les modes de pensée, de formater, redisons-le, les manières d’appréhender la connaissance du monde. Une voie unique pour un savoir univoque.
En d’autres termes les formater, tels des ordinateurs, à répondre aux attentes de l’école au nom de l’ « égalité ». Cela étant fait, ces enfants, enfin reconnus, labellisés comme « élèves » pourraient accéder aux connaissances répertoriées dans les programmes officiels et connaître la réussite (?) aux fréquentes évaluations normatives, les orientant, sous prétexte d’émancipation, vers une autre dépendance.
Voie sans issue ou cul de sac ?

  • Celui où se perdent les divergences, la créativité, la prise de risque, la parole foisonnante et même l’émancipation ?
  • Celui où se perd également l’élève, quelque soit son âge, qui voit sa caractéristique multidimensionnelle se réduire au seul aspect « d’apprenant ».
  • Celui où se perdent également les valeurs familiales, culturelles, sociales… riches de découvertes, vécues dans des milieux moins reconnus par l’école parce que moins familiers à la plupart des autorités scolaires, ou politiques, qui les gouvernent.
  • Celui où se perd enfin, le plus précieux, qui est de SE CHOISIR une émancipation « L’émancipation cesse alors d’être une injonction morale (voire légale) pour redevenir une potentialité offerte aux individus. (Cécile Laborde : « Le républicanisme critique » - Oxford University Press - 2008 et « Français encore un effort pour être républicain » - Seuil – 2010.
  • Celui où l’émancipation que l’on voudrait pourtant libératrice rend l’individu dépendant de diktats extérieurs à lui et à sa culture.

Et pourtant ce n’est pas un pouvoir autocratique qui impose en Europe cette normalisation, conduisant à la pense unique, à l’uniformisation culturelle mondiale, mais la générosité, la volonté de sortir de l’ornière des cohortes d’élèves qui s’y embourbent. Ces ornières sont creusées, (involontairement ?) par l’école, au moyen d’outils tels que programmes détachés des réalités socioculturelles des familles, batteries de tests prédictifs, examens notés, objectifs opérationnels, organisation de classes spécialisées, groupes de niveaux, exclusion vers des centres médicalisés…etc. Tout ça coûte cher et est assez inefficace !

Ici Machiavel et Bêtise se confondent arrivant au même résultat : scandaleusement navrant !

Claude Duneton dans son livre « Je suis comme une truie qui doute – 1979 » affirmait entre autres trouvailles que l’école forme des malhonnêtes profonds. Il entendait par là que, à l’école, on fait semblant pour plaire, par crainte, par désir d’accumuler les gratifications.

Maintenant, un autre label AOC (Appellation d’Origine Culturelle) ECOLIER est promu comme remède miracle à l’échec social de l’école.

ECOLIER ? J’établirais un parallèle avec l’attribution de cette distinction prestigieuse (!) que l’on arbore fièrement à sa boutonnière, nul ne sait vraiment ce qui se cache derrière le choix des sélectionnés.
Certains l’ont refusée ! Avec eux, je refuse la médaille « Ecolier » clé attrape-nigaud, ouvrant la porte aux improbables réussites futures…

J’ai essayé…Nous avons essayé… on peut !

Eh oui, j’ai essayé, nous avons essayé au sein de l’enseignement public : des écoles, des directions, des enseignants, des parents, des collègues inspecteurs, des psychologues de Centre Psycho-médico-sociaux (PMS), des complices militants de mouvements pédagogiques… nous avons tenté l’impensable.

Nous avons changé de direction, nous avons quitté la voie étroite et sans issue des apprentissages dépourvus de sens, des programmations accompagnées de leurs évaluations réductrices et stériles. Nous avons regardé chaque enfant, nous émerveillant de ses faits et gestes, de ses originalités, de ses désirs, de ses prises de paroles pas toujours correctes, souvent interpellantes. Non avons non seulement ‘regardés’ ces enfants mais pris en compte, et intégrés leurs savoirs multiples et variés, souvent non exploités par le système scolaire.

  • Nous avons bousculé les certitudes apprises, choisi notre émancipation, quitté nos dépendances, décapé les couches de vernis, parfois brillantes, dont nous nous étions laissés enduire.
  • Nous avons opté définitivement pour une école culturelle jalonnée de savoirs de hauts niveaux.
  • Nous avons tenté, le plus souvent avec succès, d’intégrer l’environnement social à nos projets.
  • Nous avons mis en route « le chef d’œuvre pédagogique » comme preuve de connaissances acquises (lire, écrire, calculer) en fin d’école primaire.
  • Nous avons eu des réussites gratifiantes mais aussi des revers, des passages à vide, des blâmes parfois.
  • Etc.

Et nous avons vécu, nous vivons l’aventure, avançant « en terre inconnue », car qui connait le monde de demain ? Notre boussole est d’ouvrir de plus en plus l’école aux réalités du monde actuel, construisant à chaque pas, ensemble enfants et adultes de tous bords, nos cheminements.

En organisation coopérative, le plus possible en équipe, avec comme outil, indispensable complément de notre boussole, des analyses réflexives fréquentes, régulières et rigoureuses, bousculant sans cesse nos certitudes.

Eugénie Eloy
Eugenie.eloy@live.be


30 années de GBEN

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Sorti de presse fin octobre 2016, le carnet du CARHOP de Florence LORIAUX « Transformer la société par l’éducation, 30 ANS DE RéFLEXIONS ET D’ACTION DU GBEN » retrace l’histoire de notre mouvement.

Le livre (141 pages) est disponible au prix de 10 €. (plus les frais postaux éventuels).

On pourra trouver le livre chez quelques membres actifs du GBEN. Il peut être commandé à Ermeton s/Biert auprès d’Eugénie Eloy (12 € plus les frais de port) à verser sur le compte du GBEN Triodos BE22 5230 8031 3247 du GBEN asbl.

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