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Que faire quand un enfant nous paraît en échec ?
Article mis en ligne le 2 septembre 2012

par Michel Simonis
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Note de M. S. : On pourrait supposer avoir lu les textes de Philippe Meirieu qui forment un quatrième volet (documents 4) avant de lire ce qui suit. Pourtant, je préfère considérer les textes de Philippe Meirieu comme un analyse réflexive après le plongeon dans la pratique, comme y invitent les démarches en Education nouvelle.
Balancement, alternance... à vous de voir...

« Quand ils ne réussissent pas, qu’est-ce que je change à ma pratique ? ».

1 - d’abord arrêter la machine (de l’apprentissage).
Prendre un temps d’arrêt pour réfléchir à ce qui se passe.

2 - se donner du temps pour réfléchir en équipe.
Faire appel aux collègues. Se persuader que personne n’est obligé de résoudre seul ses difficultés : ce n’est pas perdre la face que de s’en ouvrir à ses collègues.

3 - observer l’enfant et identifier s’il est en tâtonnement, en difficulté ou en échec (voir la grille de Philippe Meirieu revisitée)

4 - parler avec l’enfant, ou plus précisément lui permettre de s’exprimer sur ce qui se passe, de dire où il en est, ce qu’il ressent, ce qui le paralyse, sa peur, son raz le bol...
Il sera toujours nécessaire de susciter et d’accueillir la parole de l’enfant pour savoir ce qui l’anime et ce dont il a besoin. D’ailleurs, pouvoir parler et se sentir écouté lui suffira souvent à se sentir mieux.
Note : des enfants démotivés peuvent l’être parce qu’ils trouvent les choses trop difficiles mais d’autres peuvent l’être parce qu’ils trouvent les choses trop faciles (mais à tort ou à raison, parfois ils n’ont pas vraiment compris les enjeux et « croient » que c’est facile).

5 - identifier les ressources de l’enfant (voir mon article "L’école, fabrique d’intelligence ?" sur mon site de l’Arc en ciel et les bases de la matière qui sont solides : là où il est sûr de lui, en confiance. Et oser repartir de là, même si ça parait ridicule ou infantile par rapport à son âge ou sa classe.
Note. Il arrive que l’enfant semble avoir perdu un tas d’apprentissages qui étaient restés fragiles ou branlants et il nous demande de revenir loin en arrière, parfois jusque dans des manipulations de maternelle, pour refixer et retrouver confiance.
(En première année primaire, parfois, il ne sait même plus écrire son nom. Il faut alors oublier pour un temps de le faire écrire et lire, mais plutôt lui proposer des jeux graphiques, des jeux d’identification auditive et visuelle, sans rapport direct avec la lecture.)

Précisions : (je cite Philippe Meirieu) « faire le pari de »comprendre pour inventer« , s’efforcer de trouver ce qui peut aider l’élève à se mettre en jeu, à « se mettre en je ». Et sans cesse explorer les conditions favorables pour cela... »
« Faisons donc un travail d’analyse solide des pratiques afin de savoir ce qui se cache derrière les pratiques d’individualisation qui sont mises en œuvre. Demandons-nous systématiquement si ces pratiques participent d’une normalisation individuelle et écrasent l’enfant ou si, au contraire, elles contribuent à son émancipation par les apprentissages. »
(Voir le document n° 4)

6 - Prendre en compte une perte possible de statut, d’image de soi : l’enfant peut se sentir dévalorisé, non respecté, il peut ressentir avoir « perdu la face ».
Son image de lui-même se détériore suite aux difficultés scolaires ou, à l’inverse, cette image détériorée de soi entraîne des répercussions sur son travail scolaire.

7 - Tabler sur les ressources du groupe-classe et sur celles du milieu familial.

8 - Avoir un regard du côté de ce qui se passe du côté des parents, prendre en compte ce que vit l’enfant en famille.
Un arrêt des apprentissages peut révéler un enfant dont toutes les énergies sont mobilisées par des problèmes extérieurs aux apprentissages proprement dits :
- soit des problèmes extra-scolaires : il se passe quelque chose à la maison, dans le voisinage, ou dans la famille élargie. Il se sent abandonné ou doit prendre sur ses épaules un problème d’adulte. Peut-être est-il mal traité, punis corporellement, en butte à un rejet, un conflit dans la fratrie...
- soit des problèmes d’école, dans la classe ou extérieurs à la classe : il se sent rejeté, il est bouc émissaire ou souffre douleur, victime d’un racket, maltraité...
Il peut être très significatif d’entendre ce qu’il dit de la cour de récré, comment il se sent quand on l’évoque.

9 - Parfois, il a besoin d’être stimulé, mobilisé. Paradoxalement, penser à des activités plus difficiles, représentant des défis qu’il aura envie de relever.

10 - La voie royale, incontournable, est d’installer la solidarité : mettre les autres dans le coup, faire travailler en groupe, mettre en route des recherches collectives, penser au tutorat...
Il existe toujours une « zone proximale d’apprentissage » (Vigotsky) où se situent toutes les choses qu’on n’est pas encore capable de faire tout seul mais qu’on peut faire avec d’autres, accompagné par quelqu’un ou en groupe, et qu’on apprend beaucoup plus facilement parce qu’on est ensemble pour les apprendre.

11. Il arrivera peut-être aussi qu’il aie besoin d’être sanctionné.
Si c’est le cas, penser « sanction-solution », c’est à dire une sanction qui tienne compte du besoin de l’enfant et qui propose comme solution un moyen de répondre à ce besoin *.

12 - Enfin, et surtout, de manière générale, pouvoir donner de « la saveur aux savoirs ». Aider un enfant en difficulté à l’école, c’est pouvoir l’inviter à découvrir la saveur des savoirs... Ce que bien souvent l’école « oublie » de faire. Pour cela, voir le magnifique livre de Jean-Pirerre Astolfi (2008). La saveur des savoirs. Disciplines et plaisir d’apprendre. Paris, ESF, 2008. [1].

* Par exemple :

  • il gêne ses voisins parce qu’il ne tient pas en place. La sanction pourra être d’aller se défouler périodiquement dehors, de faire plusieurs fois le tour de la cour en courant. Peu importe si ça l’enchante, car c’est identifié comme « sanction » aux yeux de tous.
  • s’il casse des objets, parce qu’il est sous tension, il pourra avoir besoin d’une relaxation, d’écouter de la musique, de colorier un mandala, de parler à quelqu’un...
  • s’il fait le malin, il a peut-être besoin de se mettre en valeur : lui proposer de rendre service ou de faire quelque chose de spécial qu’il pourra raconter en classe, qui le mettra en valeur d’une manière positive.
  • s’il dérange parce qu’il s’ennuie en classe, il pourra - comme sanction - aller satisfaire son « besoin d’excitation » en allant observer dehors quelque chose de curieux ou d’insolite puis revenir en parler en classe. Bref, remettre de la vie dans son temps scolaire.


Michel Simonis
Texte revu en août 2012

Notes :

[1J’ai ajouté ce point suite à l’excellente suggestion d’Etiennette Vellas (GREN)


30 années de GBEN


Sorti de presse fin octobre 2016, le carnet du CARHOP de Florence LORIAUX « Transformer la société par l’éducation, 30 ANS DE RéFLEXIONS ET D’ACTION DU GBEN » retrace l’histoire de notre mouvement.

Le livre (141 pages) est disponible au prix de 10 €. (plus les frais postaux éventuels).

On pourra trouver le livre chez quelques membres actifs du GBEN. Il peut être commandé à Ermeton s/Biert auprès d’Eugénie Eloy (12 € plus les frais de port) à verser sur le compte du GBEN Triodos BE22 5230 8031 3247 du GBEN asbl.



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