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Récit d’expérience
Formation au RWANDA
2001 - 2002 - 2003 : trois années au Rwanda avec Enseignants sans frontière
Article mis en ligne le 26 juin 2006
dernière modification le 7 mars 2008
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A la demande d’une association rwandaise d’écoles maternelles et de la Croix Rouge de Belgique, le GBEN participe au sein d’Enseignants Sans Frontière à neuf semaines de formation sur trois ans (trois semaines par an) en 2001, 2002 et 2003.
Récit et témoignage.

Premier stage à Kigali - été 2001

À Kacyiru, quartier proche de Kigali, se trouve un centre de la Croix-Rouge qui, en 1995, accueille près de 6000 enfants par jour aux moments cruciaux de « la guerre » comme on dit pudiquement là-bas. Le centre de Kacyiru organise une école maternelle, qui fédère bientôt autour d’elle des écoles maternelles de différentes origines (paroisses catholiques et protestantes, villages-SOS, Associations de parents, Centre de Jeunesse...).
Une formation de trois semaines pour les enseignants maternels de ces différentes écoles est demandée au Groupe Belge d’Education Nouvelle. Après une préparation intensive au sein d’un groupe de soutien d’Enseignants Sans Frontières (ESF), qui assure le suivi du projet destiné à se dérouler sur trois ans, trois personnes, membres actifs du GBEN, partent en juillet 2001. Ils seront suivi en 2002 et 2003 par deux autres équipes, qui élargiront le travail et l’approfondiront.


La préparation : principes et objectifs

Parmi les nombreuses idées échangées lors de nos réunions de préparation, quelques principes de base ont constitué notre colonne vertébrale :
• Éviter de distiller des connaissances théoriques déconnectées de la pratique.
• Avoir toujours en tête la réflexion sur les objectifs de l’activité : permettre à chacun de prendre du recul, de réfléchir sur sa pratique.
• On se basera sur les situations vécues sur place - « le vécu en commun ici » en tant qu’adultes - afin de laisser de la place à un travail de transposition que les stagiaires devront faire eux-mêmes. C’est la question du transfert : « et dans nos classes, à partir de ce qu’on a vécu ici, que va-t-on faire ? »

Nous établissons des objectifs et des contenus essentiels : une approche multi-sensorielle, tactile et corporelle (mettre davantage l’accent sur le corps (bouger...) que sur le matériel (ciseaux, crayons, colle...) ; axer sur le rapport à la nature : dans la poussière ou la terre, on peut dessiner ; la coopération - l’entraide - la solidarité (le co-apprentissage sera au cœur de notre travail) ; développer le cheminement de l’abstraction et surtout la formulation d’hypothèses et avoir une démarche de recherche : (curiosité envers ce qui existe autour de moi, comment ça marche) ; l’affectif et l’imaginaire dans toute activité, et faire en sorte que chacun puisse rester créatif : pour cela, respecter les différences de chacun, les croyances divergentes. Certes, nous savons bien comment la communauté prime sur l’individu en Afrique... Nous touchons donc au système de croyance du groupe, un système hiérarchisé dont dépend la survie, où le plus vieux est automatiquement le plus sage puisqu’il a survécu plus longtemps ! Enjeux socioculturels de la créativité !!

La séquence Travail individuel - travail en petits groupes - échange et théorisation en grand groupe est centrale, incontournable.

Impossible aussi d’ignorer que l’arrière-fond du génocide est toujours présent, et éventuellement pris en compte si cela paraît judicieux. Il faudra vivre avec le paradoxe de devoir apporter de la formation, alors qu’on ne connaît rien du vécu d’une institutrice rwandaise dans sa classe, avec ses pratiques et ses habitudes culturelles : alors à la fois apporter un cadre qui permette à chacun de révéler ses potentialités et quand même donner du contenu, un contenu qui ne soit pas trop faussé parce que basé sur notre culture et nos pratiques européennes... Bref, partir de ce qui est là, présent dans le groupe comme ressources. Et faire émerger la théorie à partir du vécu ensemble dans la formation en fonction de ce qui se passe avec le groupe...

La mise en œuvre

Le stage a donc été une sorte d’interprétation de cette partition, en essayant de garder une certaine cohérence dans l’orchestre, avec une part d’improvisation pour rester fidèle aux attentes, aux élans, aux questions de notre public.
Le stage est organisé sur trois semaines. Les organisateurs ont prévu une période de quinze jours (sur le site de) à l’école maternelle de Kacyiru et une semaine pendant laquelle nous serons à la disposition des différentes écoles.

Au cours de la troisième semaine, nous assurons une visite à chaque école, à chaque équipe enseignante dans ses propres locaux. Le plus souvent, les autres enseignants de l’école sont présents. Ces visites ont permis une concrétisation matérielle et spatiale de la pédagogie proposée pendant le stage et une amplification de nos contacts en direction des autres enseignants maternels. On a ainsi touché - en première approximation - plus de 80 personnes.

Dès les premiers jours, notre souci est d’implanter un climat de confiance et d’échange entre les participants, rompant avec l’habitude d’une intervention frontale.

Bref, nous avons tenté d’équilibrer, en alternance, des démarches « constructivistes » (construction de savoirs, de pratiques et de concepts) d’une part et des partages d’outils pédagogiques et d’animation d’autre part. Nous avons laissé un temps d’appropriation pour les « transfert » (les réinvestissements en classe) et un temps de « mise en patrimoine » - temps d’écriture silencieuse de chacun dans son « cahier personnel ».

Les démarches visaient à une réflexion d’adulte sur les enjeux de l’école maternelle, le partage de conceptions et la construction d’une conceptualisation solide, une théorisation.

Les ateliers proposaient une appropriation, par le « vécu comme en classe », de matériel et de matériaux, de techniques à mettre en œuvre, de consignes et d’outils de découverte. Il s’agissait dans ces « ateliers », de mettre les stagiaires en situation d’enfants dans les classes, pour qu’ils s’approprient différentes techniques en les ayant expérimentées eux-mêmes.

Le bilan

Comment traduire l’étonnement émerveillé que suscitait le moindre apport de technique créative, de jeux de stimulation, de détournement de matériel et de consigne, l’enthousiasme chaque fois que nous sommes sorti de l’ordinaire, apportant du nouveau, mettant l’accent sur une dimension créative de la pédagogie ? Sans doute ouvrions-nous de timides portes dans un chape pesante de routines héritée d’un passé de soumission à l’autorité et d’imprégnation « coloniale » de notre modèle scolaire conformiste et poussiéreux transposé là-bas par une myriade d’ordres religieux belges…
Les sourires, les cris de joie, l’humour qui peu à peu se libère, les personnalités qui s’ouvrent et se révèlent au fur et à mesure des jours qui passent, les prises de paroles inattendues, les demandes insistantes pour que nous revenions...
La suite coulait de source...

Tout cela témoigne de l’étonnante efficacité d’une pédagogie active qui se centre sur l’apprenant et qui dispose d’outils pour la mise en œuvre d’une « auto-socio-construction » tant de la personnalité, de la compétence à enseigner, de la « relation pédagogique » que des savoirs proprement dit.

Avec près de neuf mois de recul, les échos qui nous parviennent de Kigali nous parlent de classes en ateliers, plus actives, organisées davantage en coins d’activités. Une nouvelle équipe se prépare à partir en juillet 2002 pour confirmer les acquis et permettre la formation d’autres enseignants de ces mêmes écoles.

Deuxième stage à Kigali - été 2002

Dès le mois d’octobre 2001, nous envisageons trois choses différentes à faire en été 2002 :
1 - assurer une sorte de suivi pour les stagiaires de l’an dernier : quelques jours de remise en mémoire, d’évaluation, de partage sur les expériences de chacun et peut-être aller un peu plus loin sur certains points, travailler encore la mise en œuvre.
2 - offrir un nouveau stage pour tous ceux et celles qui sont intéressés et qui n’ont pas pu faire le stage l’an dernier.
3 - envisager une formation plus organisationnelle pour les membres de la Fédération des Ecoles (Faprep) qui auront la responsabilité de prolonger la dynamique de formation une fois que nous ne serons plus là.

NOTRE Avant programme envisage • Les transferts, et notamment construire avec les stagiaires des comptines, des chansons et des rondes qui partent de la culture rwandaise • Les classements, avec la notion des « amis » • Le travail corporel et la psychomotricité • L’écriture « naturelle » • Les jeux musicaux • Les jeux de coopération.

Nous adoptons comme objectifs fondamentaux, • La prise de conscience, par les stagiaires de l’importance de l’initiative des enfants, du travail de groupes, du droit à l’erreur et du plaisir à travers le jeu et l’expression, sans la hâte d’installer des savoirs scolaires • La conscientisation à la lecture, par l’enseignant, des activités spontanées des enfants, pour y déceler les apprentissages et enrichir les découvertes par des relances verbales ou matérielles, pour aussi débusquer les empêchements à apprendre ; • L’éveil à la relation famille-école pour faire connaître les objectifs de l’école maternelle et résister ou négocier face aux exigences de rendement scolaire de certains parents.

Comme l’an dernier, notre projet est de procéder par • Mise en situation des adultes à partir de découvertes transférables dans les classes et de démarches sur les enjeux ; • Pratique journalière de l’analyse réflexive ; • Tout le monde associé dans une sorte de recherche-action commune et va-et-vient entre les richesses culturelles locales et les apports de la pédagogie active.

Nous envisageons • Des découvertes en graphisme, contes, création théâtrale, jeux coopératifs, découverte et revalorisation de l’environnement ; • Des enjeux tels que le statut de l’erreur, l’importance des tâtonnements et des brouillons, la place socio-institutionnelle des enseignants, les question comme soumission et obéissance, imitation et reproduction, gestion des groupes.

Récit et bilan du stage 2002

Comme les trois animatrices sont différentes cette année (en principe, une personne aurait dû assurer la continuité, pour respecter ce qu’Enseignant Sans Frontière appelle le « tuilage », mais cela n’a pas été possible cette fois), il était intéressant de commencer par une tournée des différentes écoles pour une prise de connaissance progressive des milieux, des personnes et des contextes, voir les différentes régions, rencontrer les équipes, les anciens étant présents avec les nouveaux et les directions et écouter l’expression des souhaits de chacun.

Cela, joint au fait d’avoir pu faire une mise au point au jour le jour, a permis une animation bien dans la ligne des objectifs prévus, et au bon moment, vu la remarquable ponctualité des stagiaires, leur motivation, le fait qu’elles et ils entraient bien dans les propositions (travail en atelier), acceptant des consignes contraignantes, tout le monde travaille.

Chaque matin, une harmonisation (rituel du matin), une histoire (on leur demandait d’expliquer la signification, ce qui les a amenés à faire eux-mêmes spontanément des commentaires), puis une évaluation de la veille : mise dans un « programme de l’école maternelle » (à leur demande) en construction les activités de la veille : on a peu dit nous-même sinon pour compléter et on trouvait souvent qu’il n’y avait rien à ajouter.
Une difficulté rencontrée était due au fait que les stagiaires trouvaient toujours tout positif. Le sens critique n’est pas culturellement très présent, ou en tout cas pas très exprimable : on a souvent des réponses pour faire plaisir. Il fallait les mettre sur le chemin de l’analyse critique. La préparation se faisait entre nous, mais peu à peu les stagiaires posaient des questions sur le pourquoi de telle ou telle activité et finissaient par exprimer leur désaccord, que faudrait-il changer, approfondir, ajouter…
Il y a eu beaucoup d’écriture, mais au début, surtout des associations d’idées plutôt que de rimes, c’est peu à peu qu’elles sont sorties du cadre, du modèle, ce qui était valorisé dans l’animation.
Grâce à des échanges dans l’apprentissage des danses et chansons, ils et elles nous ont appris beaucoup : invention des consignes, des musiques.
Et pour la suite...

Que faire l’an prochain, en 2003 ?

Pour la formation de cette troisième et dernière année, était envisagé le dispositif suivant.
• Quatre personnes partantes : deux fois deux animateurs pour gérer deux groupes simultanés, un groupe travaillant comme on l’a fait jusqu’à présent et un autre, un noyau de 10-12 personnes qui ont déjà suivi un an ou deux, vivent une formation plus approfondie : le matin, on construit le programme, les activités que quelques uns feront vivre en co-animation à l’autre groupe l’après midi. Pendant cette co-animation (de deux ou trois) les autres continuent à travailler sur la suite du programme. Notre pari est que s’ils se prennent vraiment en charge pour cette animation, ils pourront la continuer pendant l’année.
• animation sur les enjeux, comme on l’a fait jusqu’à présent : démarches en atelier.
• faire aussi la liste des problèmes rencontrés : on cherche des solutions ensemble.
• activités qui peuvent prendre place sur le long terme dans la classe (et non de petites activités l’une après l’autre) : projets qui durent (par exemple, un spectacle à mettre en œuvre, une rencontre à préparer...
• regrouper éventuellement par région, pour faciliter la poursuite du processus pendant l’année.

Nous envisageons plutôt une fonction « d’accompagnateurs », capables de partager leur expérience et leurs pratiques, plutôt que de « formateurs » qui impliquerait une supériorité de statut et induirait des attentes de rémunération...
L’idée est de former un réseau de personnes disponibles, sur pied d’égalité, qui pourraient accompagner une collègue dans sa classe, ou avoir des rencontres de partage l’après midi après la classe.
A noter, que, parallèlement, il est indispensable de travailler aussi à la mise en place d’une structure facilitante, car les problèmes matériels et organisationnels sont nombreux à surmonter.

Troisième stage à Kigali – été 2003

Respectant les valeurs d’Enseignants Sans Frontières, telles que la notion de partenariat et de pédagogie active, la formation s’est construite à partir des attentes et des expériences des stagiaires. Les anciens, c’était notre objectif cette année, ont partagé l’animation (et la prise en charge de) du groupe, tout au long du stage, avec l’équipe. L’organisation pratique a été prise en charge par les différents partenaires. En ce qui concerne le contenu, un partage et un échange a été présent tout au long des deux semaines. L’ensemble des stagiaires, a été mis en situation de recherche lors des activités proposées. La notion de partenariat et de pédagogie active a été au centre du projet.

En cours de session, chacun a pu exprimer des attentes spécifiques, ce qui a permis d’ajuster le programme par rapport aux attentes et aux demandes tout au long du stage. En effet une « boîte à suggestions » était mise à la disposition des stagiaires et une évaluation était faite de manière journalière.

Des moments communs étaient prévus durant la journée, ainsi que des moments en sous-groupes, où les anciens et les nouveaux étaient séparés.

Afin de pouvoir assurer au mieux le nombre élevé de stagiaires anciens voulant participer à la formation de formateur – accompagnateur (la moitié des 50 stagiaires), nous avons dû nous adapter et modifier certaines modalités de notre organisation.
Nous avons néanmoins pu mettre en œuvre un programme respectant ces différents objectifs et ces différents moyens.

Un important effet démultiplicateur est assuré par le dispositif mis en place, assurant la transmission des savoirs faire des uns aux autres : nous constatons la collaboration des anciens stagiaires qui proposent de mettre leur expérience et leurs compétences au service des collègues de leur district ou de leur école ; des nouveaux et nouvelles stagiaires ont le projet de devenir à leur tour animateur – accompagnateur, ce qui permettra de toucher un grand nombre d’enseignants et enseignantes.

Travaillant avec 24 stagiaires ayant suivi la formation les deux années précédentes, en 2001 et 2002, nous avons pu enregistrer des témoignages concernant les formations précédentes, et l’impact que celles-ci ont pu avoir sur les écoles. Le Ministère de l’Education (Minéduc) a pu en faire ( les) la constatation(s) lors des visites dans les écoles de Kigali et des environs.

Il y a eu une participation active et étendue de 17 écoles de Kigali et environs.

Le déroulement du projet en 3 ans a été cohérent et progressif dans la participation des stagiaires. La première année était composée de nouveaux stagiaires, la deuxième année de nouveaux et d’anciens avec une majorité de nouveaux et le troisième année composée de façon égale (50/50) de stagiaires nouveaux et anciens, qui assureront une continuité pour les futurs nouveaux stagiaires.

Tout cela témoigne de l’étonnante efficacité d’une pédagogie active qui, tout en s’inscrivant dans la culture locale, se centre sur l’apprenant (et qui) disposant d’outils (pour la mise en œuvre) au service d’une « auto-socio-construction » tant de la personnalité, de la compétence à enseigner, de la « relation pédagogique » que des savoirs proprement dit.

Michel Simonis, Agnès Baudoux, Annie Dieu, Isabelle Colson, Laurence Closset, Jacques Varrasse, Marie-Eve Compère, Ursula Hammer, Virginie Bada, Micheline Atérianus


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