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Comment retrouver le plaisir d’enseigner grâce aux mauvais élèves
Article mis en ligne le 16 décembre 2015

par Michel Simonis
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Serge Boimare
Psychologue-clinicien, psychopédagogue et écrivain

Au delà de la provocation du titre - un défi comme les aime l’Education nouvelle - il y a un concept qui me parait receler des trésors, riche et nouveau à la fois pour moi, psychologue scolaire qui y trouve là une convergence avec quelques chemins déjà bien fréquentés : les « empêchés de penser ».
Voici donc de larges extraits d’un articles de Serge Boimare que je me permet d’agrémenter de quelques commentaires personnels, tout en soulignant des passages clés à mes yeux. De quoi permettre un parcours rapide, en diagonale, avant de revenir pour approfondir la visite.

Michel Simonis

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En avant goût, voici quelques citations :

  • Cessons de vouloir toujours expliquer l’échec scolaire par un manque de bases ou par un comportement inadapté. La résistance à l’apprentissage est d’abord la conséquence d’un fonctionnement intellectuel singulier aménagé sur des stratégies d’évitement des contraintes de l’apprentissage. Les enfants qui n’ont pas construit au cours de leurs premières expériences éducatives les compétences psychiques indispensables pour affronter le manque, l’attente, la règle et la solitude, sont très vite déstabilisés par des peurs infantiles.
    Dès qu’ils sont confrontés au doute, ils vont les camoufler derrière des idées d’auto-dévalorisation ou de persécution. Pour échapper à ce dérèglement nous les voyons alors inventer des stratégies anti-pensée de plus en plus efficaces, mais aussi de plus en plus invalidantes pour apprendre. C’est ce que j’appelle l’empêchement de penser.
  • Apprendre à lire, à écrire, à parler, à calculer, avec des représentations pauvres ou des représentations qui se rechargent en sentiments parasites dès qu’il y a déception ou remise en cause, est l’explication principale de l’échec scolaire.
  • Qu’il s’agisse de contes ou de récits mythologiques, des textes fondateurs des religions ou des civilisations, de romans initiatiques ou historiques, de fables ou d’épopées... Les textes fondamentaux sont la botte secrète, dont disposent les professeurs dans leurs programmes, pour traiter le problème que leur posent les réfractaires à l’apprentissage dans une classe ordinaire.
  • Mais le point fort de ces textes est de donner aux empêchés de penser la possibilité de faire enfin de l’image avec le mot entendu. Première étape avant qu’ils puissent en faire avec le mot lu par eux. Ces histoires qui traitent des grandes questions humaines vont les aider à mettre du mot et du récit sur les sentiments parasites et les inquiétudes qui perturbent leur fonctionnement intellectuel et à pouvoir les affronter au lieu de les évacuer.
  • Ces récits dégagent toujours, une règle, un principe, une morale, une leçon... qui aident à sortir du personnel pour aller vers l’universel. C’est sur ce chemin que se trouve le fil pour accéder à la dimension symbolique et renouer sans peur avec l’apprentissage.
  • Au moment où l’on cherche à relancer la formation des professeurs, il serait facile de mettre en place une action prioritaire qui ne coûterait pas trop cher : la co-réflexion entre professeurs. On ne peut pas faire mieux pour améliorer sa pratique pédagogique que de la mettre en mots pour la présenter aux autres. On ne peut pas faire mieux pour améliorer sa pratique pédagogique que de l’enrichir de celle des autres. On ne peut pas faire mieux pour trouver le plaisir d’enseigner que d’expérimenter à plusieurs et de se comparer. On ne peut pas faire mieux pour améliorer la cohésion groupale d’une classe difficile que de présenter aux élèves le modèle d’adultes qui se concertent et se soutiennent.
  • Toute mon expérience professionnelle m’a conforté dans cette idée : aucune formation ne peut être plus efficace pour un professeur que la co-réflexion sur la pratique menée avec ses collègues.

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