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A PROPOS DU CEB
Article mis en ligne le 17 juin 2012

par Léonard Guillaume
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Voici le courrier que Léonard Guillaume viens d’envoyer à Monsieur Verwilghen, chef de cabinet de la ministre Simonet au sujet des épreuves d’évaluation externes organisées pour les enfants de la Communauté française.

Monsieur le chef de cabinet, 

• Promouvoir la confiance en soi de la personne de chacun des élèves

• Amener tous les élèves à s’approprier des savoirs et à acquérir des compétences qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place dans la vie économique

• Préparer tous les enfants à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures

• Assurer à tous des chances égales d’émancipation sociale

Tels étaient les quatre objectifs du décret missions de l’école voté en juillet 97. Quatre objectifs ambitieux, il faut l’admettre, pour optimaliser la fonction de l’école.
La mise sur pied de vastes dispositifs d’évaluations externes récurrentes est un des principaux moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs.
Si l’on ne peut que se réjouir de la volonté politique d’améliorer la qualité de notre enseignement, nous nous interrogeons sur le type de levier de changement actionné que constituent les contrôles externes ; et en particulier l’épreuve externe obligatoire pouvant donner lieu à l’octroi du CEB.

De nombreuses dérives sont à déplorer :

  • Ces épreuves externes génèrent un immense bachotage. L’enseignement ne viserait-il que la préparation aux épreuves par le conditionnement sur base des épreuves des années précédentes ?
  • La dissociation entre contexte d’apprentissage et évaluation est inadéquate pour estimer valablement la qualité des apprentissages. Les équipes pédagogiques ne sont-elles pas les mieux placées pour certifier les apprentissages de leurs élèves ?
  • Certains enfants, habituellement à l’aise avec leur enseignant, pataugent dans les questionnements imposés. Quel crédit peut-on accorder aux résultats consécutifs à quelques heures d’interrogation inventées par des gens qui ne connaissent ni les milieux, ni les contextes d’apprentissage ?
  • Certains parents, soucieux du mieux pour leur progéniture, cherchent à s’informer des résultats de différentes écoles. Celles-ci ne vont-elles pas dévier vers une logique consumériste ?
  • Certains médias proposent des séries de questions glanées sur des épreuves antérieures, incitant ainsi de nombreux parents à tenir un « rôle d’exerciseurs ». Cette posture ne discrédite-t-elle pas le métier ?
  • L’évaluation étant à l’apprentissage ce que le thermomètre est à la grippe, peut-on raisonnablement penser qu’en investissement massivement dans ce type de contrôle, on va améliorer la qualité de notre école ?
  • Le temps consacré aux diverses épreuves et examens, ainsi que leurs cortèges de révisions et délibérations est impressionnant. Pendant ces longs moments, il n’y a plus de situations d’apprentissage qui sont organisées. Ce mesurage de l’humain ne détourne-t-il pas l’école de sa mission essentielle : les faire tous apprendre ?
  • ….

Ces dérives et questionnements nous ont amené à mettre en doute l’efficacité de telles mesures. Nous pratiquons depuis longtemps le « chef d’œuvre pédagogique » qui nous semble s’inspirer de pratiques beaucoup plus porteuses en termes d’humanité.

La pratique du chef d’œuvre s’inscrit dans une logique de recherches documentaires amenant les apprenants à se poser des questions, à chercher des éléments de réponse dans des sources diversifiées, à affiner leur capacité à lire de plusieurs manières, à traiter les informations recueillies, à rédiger des documents, à relier plusieurs champs disciplinaires, puis à communiquer les résultats de leurs recherches aux autres.

La culture du questionnement et des recherches qui y font suite dans le contexte de la préparation d’un exposé plongent les apprenants dans les réalités complexes de notre monde. L’appréhension de ces réalités ne peut se faire qu’en étant doté d’outils : capacité à communiquer, capacité à analyser, à comparer, à critiquer, capacité à transmettre des informations. A travers des exigences de rigueur et de solidarité, l’enfant se sent grandir et accède pas à pas au monde des adolescents, puis des adultes. Le regard des autres (condisciples et instituteurs), empreint de considération, va permettre la consolidation d’une image positive de soi qui va évidemment se répercuter non seulement sur le comportement social, mais également sur son développement psychologique et l’envie de grandir. Le chef d’œuvre pédagogique est un outil essentiel de la construction de l’estime de soi.

S’émanciper et être créatif : deux comportements aux antipodes de la docilité et de la reproduction mécanique. Impossible d’envisager le chef d’œuvre pédagogique dans une logique de formatage et de soumission. L’esprit d’entreprendre se nourrit d’audace, de prises de risques, de zones de liberté ; mais aussi de ténacité et d’efforts.

Dans l’école où nous travaillons, la réalisation et la présentation du chef d’œuvre de fin de sixième primaire constitue un moment essentiel dans la scolarité des enfants qui nous sont confiés. Interrogés sur ce sujet, ces élèves nous disent ( extraits choisis) :

  • Je trouve le chef d’œuvre extraordinaire car ça prouve que vous pouvez réussir ! (Marius)
  • C’est un projet très « apprentif » pour le secondaire : il faut savoir faire tout seul ! (Esteban)
  • Cela nous permet d’apprendre des choses sur soi, à améliorer notre français et travailler en développant notre intelligence. (Lovann)
  • C’est un des meilleurs moments de l’année ! (Daniel)
  • C’est la chose qu’il ne faut pas rater. Cela nous laisse un bon souvenir juste avant d’aller en humanités. (Laure)
  • On montre à nos parents tout ce qu’on est capable de faire. (Mathilde)
  • ….

Monsieur le chef de cabinet, nous pensons vraiment qu’il faudrait laisser la liberté aux Pouvoirs organisateurs de choisir eux-mêmes les modalités d’octroi du CEB et reconnaître le chef d’œuvre pédagogique comme alternative sérieuse aux épreuves externes obligatoires.

Merci de votre attention.

Léonard GUILLAUME
Instituteur primaire
Doctorant en Sciences de l’Education
Auteur de "Exposés interactifs des élèves. Pourquoi ? Comment ? 
Chercheurs solidaires et maîtres de conférences à 12 ans" Ed. Labor 2001.


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