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Une vie plus simple, une société plus durable.
Patrick Viveret
Article mis en ligne le 30 novembre 2010
dernière modification le 24 mars 2011
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Conférence donnée à Saint-Gérard le 26 avril 2010, par Patrick Viveret, docteur en études politiques, philosophe, économiste, ancien conseiller à la Cour de Comptes à Paris, essayiste, conférencier…

Plus de 120 personnes ont assisté à cette conférence de Patrick Viveret, organisée à l’initiative de la « locale Ecolo » de Mettet.
L’organisation matérielle participative des locales Ecolo de Fosses-la-Ville, Floreffe, Profondeville et Mettet s’est avérée conviviale et porteuse de projets d’avenir.
La conférence a été précédée d’un atelier de trois heures (35 personnes, venant des locales concernées) sur la problématique du sujet. Eugénie Eloy et Charles Pepinster (GBEN) ont animé cet atelier. L’idée était d’arriver à la conférence avec des attentes et des questions.
Les questions récoltées lors de cet atelier collectif, ont été envoyées à Patrick Viveret, qui était disposé à en tenir compte lors de son intervention, ce qu’il a parfaitement fait.
Eugénie Eloy a retranscrit fidèlement toute la conférence de Patrick Viveret.

  • Pierre Tobie l’a « remis en forme » oral-écrivable comme dit Laurence Lentin. 
    Ce travail a été envoyé à Patrick Viveret lui demandant l’autorisation de diffuser ce document. Il a donné son accord avec plaisir.

Une crise à plusieurs facettes

Je vais vous parler du rapport entre les enjeux de la simplicité et ceux d’une société plus durable. Mais pour introduire cette part positive de mon propos, je crois important de montrer d’abord en quoi le modèle économique, social et même politique dominant, qui est celui de nos sociétés, est effectivement non durable, insoutenable comme on le dit souvent.
C’est important de bien voir les raisons de cette insoutenabilité, de les voir aussi bien dans les différentes facettes de la crise :

  • la facette écologique, 
- la facette financière, 
- la facette sociale, 
- la facette politique aussi.
    Si on dissocie ces différents aspects, on a ce à quoi on a assisté au cours de l’année 2009, c’est-à-dire une situation où on tronçonne les différents problèmes. Par exemple, comment répond-on à la crise financière ? Là, on est capable de trouver des milliards de dollars pour faire face à cette crise financière mais d’un autre côté, face aux problèmes sociaux, ou face aux problèmes écologiques, on continue à nous dire que les caisses sont vides.
    Si on veut éviter cette situation, c’est important de bien comprendre ce qui fait le lien entre les différentes facettes de cette fameuse crise dans laquelle nous sommes entrés.
    Mais la crise n’est elle-même, d’une certaine façon, que la loupe grossissante de mutations qui sont beaucoup plus profondes. Comme toujours, la partie grise, énorme, c’est la partie immergée donc invisible de l’iceberg.

    Un élément clé : la démesure

    Or l’un des éléments clés que l’on trouve aussi bien du côté du défi écologique, du côté social, du côté financier, que du côté politique, c’est la question de la démesure. La démesure, l’excès, ce que les grecs appelaient « lubris », c’est une vieille question dans l’histoire des sociétés.
    1. La démesure, c’est ce qui crée, par exemple sur le plan écologique, un rapport complètement déséquilibré à la nature : là où la nature a pu mettre des dizaines, voire des centaines de millions d’années pour accumuler des ressources naturelles, en 4 ou 5 générations on est en train de les épuiser.
    Le rapport qui se trouve derrière des enjeux tels le dérèglement climatique, ou les risques concernant la biodiversité sont fondamentalement liés à des logiques de démesure dans le rapport à la nature. Au lieu d’habiter nos écosystèmes, nous sommes dans des rapports guerriers à la nature. Cette démesure est à la racine du défi écologique sous ses différentes formes.
    2. Mais la démesure vous la trouvez aussi à l’échelle sociale mondiale : la fortune personnelle de 225 personnes (ce n’est pas beaucoup 225 personnes), est égale aux revenus cumulés de 2,5 milliards d’êtres humains. Vous voyez l’immensité de la disproportion et de la démesure.
    3. La démesure on la trouve aussi à l’origine de la crise financière et de l’insoutenabilité financière du modèle dans lequel nous sommes depuis une trentaine d’années. Il y a un chiffre particulièrement éclairant qui la met en évidence. c’est à un ancien responsable de la Banque Centrale de Belgique, BERNARD LIETAER, qu’on la doit. Il avait mis en évidence, avant la faillite de la banque Lehmann Brother, à l’automne 2008, que sur les 3200 milliards de $ qui s’échangeaient quotidiennement sur les marchés financiers, la part qui correspondait à des biens et des services réels qui s’échangeaient, qui correspondaient donc à l’économie réelle, par rapport à l’économie spéculative, c’était moins de 3% des échanges, 2,7% exactement. Cela c’est aussi de la démesure.
    Un système qui vit de la démesure est un système insoutenable et un jour ou l’autre ce système finit par s’effondrer.
    4. C’est vrai sur le plan économique mais c’est vrai aussi sur le plan politique. Vous avez là un autre exemple de démesure, cette fois dans le rapport au pouvoir qui aboutit à un autre effondrement. Celui de l’Empire Soviétique il y a une vingtaine d’années.
    A l’échelle de l’Histoire, on peut considérer qu’il y a deux grands effondrements. D’une part, ce qu’on vit depuis trente ans, c’est une espèce de logique de dérégulation à outrance. On assiste à l’effondrement du modèle de ce qu’on pourrait appeler l’ultra capitalisme (qui n’a rien à voir avec une économie régulée).
    Et d’autre part, l’effondrement du modèle ultra dirigiste qui était représenté par le système soviétique. Dans les deux cas vous avez de la démesure.
    Dans un cas c’est de la démesure dans le rapport à la nature, à la richesse, dans l’autre cas c’est de la démesure dans le rapport au pouvoir.
    Quand il y a démesure, à terme, on sait qu’un système va s’effondrer. On ne sait pas quand, on ne sait pas quelle est l’allumette va mettre le feu à la plaine, mais la plaine est sèche. On sait qu’un jour ou l’autre le système va s’effondrer.
    Dans l’Histoire des civilisations vous avez toujours eu des phénomènes de même nature. Mais ce qui est intéressant c’est de voir que cette démesure est elle-même liée à des formes de mal-être, à des formes de mal de vivre, à des formes de maltraitance. C’est un point important. En effet, si nous voulons introduire la partie positive de l’art de vivre, des changements de mode de vie, de production, mais aussi de changement de relations, de changement de rapport à la richesse, au pouvoir, à la vie elle-même, à la nature, il faut bien comprendre en quoi le mal de vivre, le mal-être et la maltraitance sont elles-mêmes au cœur de la démesure.

    La démesure au niveau planétaire

    Pour le montrer, je partirai d’abord des chiffres des Nations-Unies. Dans le rapport mondial sur le développement humain, le programme des Nations-Unies pour le développement avait mis ces chiffres en évidence d’une façon particulièrement significative. Le rapport date de 1998 et les chiffres ont bien sûr bougé au cours de ces vingt dernières années, mais les proportions sont restées les mêmes.
    Que disait ce rapport ? Une mise en évidence de ce que, d’un côté, il faudrait faire pour s’attaquer aux grands maux de l’humanité :

  • le problème de la faim,
  • le problème de l’accès à l’eau potable,
  • le problème du logement,
  • le problème des soins de base.

Donc ce qui fait qu’il y a des situations totalement inacceptables pour plusieurs milliards d’êtres humains. Et le programme des Nations-Unies est arrivé à la conclusion que ces problèmes étaient parfaitement solubles.
Qu’on pouvait nourrir, qu’on pouvait permettre l’accès à l’eau potable, qu’on pouvait assurer un logement décent et qu’on pouvait soigner la plupart des grandes maladies mortelles avec un programme qui était relativement peu coûteux.
Les ressources existaient, les techniques existaient, la possibilité de groupes humains sur place capables de les appliquer existaient, et sur le plan strictement monétaire, ils avaient estimé, qu’il fallait, à l’époque, 40 milliards de $ supplémentaires par rapport aux 40 milliards qui existaient déjà sous la forme d’aide publique.
Avec ces 40 milliards supplémentaires, il était possible d’éradiquer la faim, 
 de permettre l’accès à l’eau potable, d’assurer des logements décents pour les 6 milliards d’êtres humains de l’époque.
Et comme évidemment, tout le monde s’écriait : « Vous ne vous rendez pas compte, 40 milliards où va-t-on les trouver ? », le rapport des Nations-Unies avait eu l’idée de mettre en évidence 3 grands budgets. C’était le budget des dépenses annuelles de la publicité, dans le domaine de la drogue et des stupéfiants et dans le domaine de l’armement. Le résultat était extrêmement éloquent.
• Rien que pour la publicité on dépensait en 1998, 400 milliards de $ annuels, donc dix fois plus que les sommes que l’on recherchait et qu’on prétendait ne pas trouver pour la faim, l’eau potable, les soins de base et le logement.
Quelque soit l’admiration que l’on peut avoir pour la créativité des publicitaires et des communicants, il est difficile de faire croire que la publicité est un besoin vital qui prime sur celui de la faim ou de l’accès à l’eau potable, mais rien que la publicité c’était déjà 10 fois plus.
• L’économie de la drogue et des stupéfiants c’était aussi 10 fois plus : 400 milliards de $ en 1998, (et c’est un minimum, parce qu’on sait bien que la part souterraine de l’économie de la drogue est très importante).
• Enfin, du côté des budgets de défense et d’armement, les politiques guerrières au sens large du terme, là, on battait tous les records puisque c’était 20 fois plus. C’était 800 milliards de $ à l’époque.

Mal-être, maltraitance et mal de vivre.

Or quand vous regardez ce qui se passe dans ces trois budgets, mon hypothèse c’est que ce sont des dépenses liées à du mal-être, à de la maltraitance et au mal de vivre.

• Du côté de la drogue et de l’économie des stupéfiants c’est une évidence, on ne se drogue pas durablement et avec des drogues dures par curiosité intellectuelle. L’idée même de se droguer durablement avec des drogues dures, c’est quand on ne va pas bien que cela se passe ! L’économie mondiale de la drogue, par exemple, repose sur 5 millions de drogués lourds aux USA et de drogués durables. Ce sont de gens qui ne vont pas bien. L’économie de la drogue, c’est massivement une économie du mal-être du mal de vivre.

• L’économie de la guerre, c’est la même chose. Que fait-on avec ces 800 milliards de $ (qui entre-temps sont devenus aujourd’hui plutôt 1200 à 1300 milliards de $) ? Eh bien pour l’essentiel on gère des logiques de peur, de domination et de maltraitance. On sait bien, hélas, que les budgets militaires servent très peu là où ce serait nécessaire c’est-à-dire à assurer des formes effectives de protection. La plupart du temps, on est dans des logiques de course aux armements. Et ce qui motive une course aux armements, c’est la peur de l’agression de l’autre dont on se défend en se donnant la capacité de mener des guerres dites préventives, qui persuadent du coup les autres qu’ils ont aussi des raisons de s’inquiéter.
C’est comme ça que les courses aux armements se sont engendrées dans l’Histoire de l’humanité.
Donc on peut dire que le gros paquet de ces 800 milliards de $ de 1998, de ces 12 à 13 milliards actuels, c’est aussi des formes de maltraitance, des formes de domination, de peurs.

On est aussi dans une forme de mal de vivre.

• Prenons maintenant la publicité. Qu’est-ce qui se joue dans la publicité ? L’essentiel de la publicité n’est pas de l’information sur des produits nécessaires pour répondre à ses besoins vitaux. D’ailleurs, si c’était le cas, l’essentiel de la publicité serait destiné à vanter les mérites de choses essentielles, par exemple à donner de l’information sur les grandes campagnes sur l’eau, sur la lutte contre la faim, sur l’appui aux organisations humanitaires. Mais on sait bien que ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit. L’essentiel de la publicité, l’essentiel de ces 400 milliards de $, qui sont aujourd’hui plutôt 600 ou 650 milliards de $ de dépense annuelle, ce sont des financements qui tournent en rond dans des sociétés que l’on appelle des sociétés de consommation, qui sont de plus en plus des sociétés de « consolation », comme le signifiait le lapsus d’un intervenant dans un débat à Lille. Ce lapsus était tout à fait révélateur et pointait un élément fondamental des sociétés du stress, de la course, de la compétition, de la destruction écologique.

Nous avons une publicité qui va nous parler de quoi ? Qui va nous parler de beauté, qui va nous parler d’amour, qui va nous parler de bonheur, qui va nous parler de sérénité. Ce sont toujours des paysages magnifiques, des gens souriants et sereins, qui vous donnent envie d’accéder à leur propre joie de vivre c’est-à-dire que la publicité vous vend de la joie de vivre.
Donc, si l’on pense aux trois grandes aspirations d’un être humain :

  • sa capacité d’harmonie avec la nature, la beauté, 
- sa capacité d’harmonie avec ses semblables, l’amour, l’amitié, la paix ou 
- sa capacité d’harmonie intérieure, la sérénité, l’authenticité, 
ces trois grandes promesses, nous sont proposées par la publicité. Mais elles le sont dans des conditions totalement perverses et mensongères et qui vont produire un double effet pervers.

D’une part, un effet pervers du côté du consommateur qui évidemment après un bref moment de satisfaction va retrouver le chemin de la frustration et de la déception. On lui promet du bonheur, de la beauté, de l’amour etc. mais dans ce qu’on lui propose, le bonheur, la beauté et l’amour sont loin d’être au rendez-vous.
Mais comme le message est de dire : « Si vous n’êtes pas satisfait c’est que vous n’en n’avez pas pris assez », on est dans une logique du toujours plus, qui n’est rien d’autre qu’une logique de l’addiction. Il y a un rapport assez étroit avec ce qui se passe dans l’économie des stupéfiants, ça entraîne une boulimie de consommation qui elle-même va générer de nouvelles frustrations.

D’autre part, ce toujours plus à un pôle génère un toujours moins à un autre pôle. Quand vous prenez les problèmes vus du côté de la malnutrition, l’accès à l’eau potable, aux soins de base, etc. vous voyez bien le lien qu’il y a à l’échelle planétaire entre ce qu’on pourrait appeler les deux misères : la misère matérielle à un bout de la chaîne, qui est elle-même liée à la misère éthique, affective, spirituelle, (je prends le mot spirituel au sens laïque du terme, il y a des spiritualités athées ou agnostiques) à l’autre bout.

Quand un être humain, et c’est aussi vrai individuellement que collectivement, ne peut pas vivre pleinement sa qualité de conscience et sa vie de l’esprit, c’est une misère, c’est une souffrance.

Cette misère spirituelle, affective, à un pôle et cette misère matérielle à un autre pôle s’entretiennent, elles ont un rapport systémique. Et d’une certaine façon les chiffres des Nations-Unies que je vous commente à l’instant viennent apporter la démonstration à une phrase de Gandhi qui disait : « Il y a suffisamment de ressources sur cette planète pour répondre aux besoins de tous,. En revanche il n’y en a pas assez s’il s’agit de satisfaire l’avidité, la cupidité, le désir de possession de quelques-uns ».

Désir et besoin

Pourquoi ce phénomène ? Là on touche à un enjeu à la fois d’ordre philosophique, et en même temps directement d’ordre politique et social. C’est que derrière ce désir illimité, vous avez une question que tous les êtres humains rencontrent et qui est tout simplement notre rapport à la mort, question rarement évoquée et pourtant centrale.
Qu’est-ce qui caractérise l’humanité ? C’est que nous sommes des animaux conscients, et conscients de notre propre finitude. Donc fondamentalement, ce qui nous spécifie dans l’univers, c’est ce couple formé par la conscience de la mort et la conscience de notre propre finitude.
Qu’est-ce qu’on fait quand on a conscience de la mort, même si cette conscience est souterraine et qu’on a mis des pelletées de terre dessus, parce qu’en nous se déclenche la lutte contre la mort ?

Qu’est-ce que la lutte contre la mort ? Un autre nom du désir.
Le désir est limité dans son énergie, le besoin, lui, est autorégulé par la satisfaction.
J’ai faim. Après avoir mangé un plat délicieux, si on m’en propose d’autres, il y a un moment où je ne pourrai plus parce que les besoins sont autorégulés par la satisfaction.
Le désir, lui, qui est dans son rapport avec la mort, n’a pas de limites. Il a une énergie extraordinaire.
C’est avec le désir au sens propre comme au sens figuré que l’humanité est capable de déplacer des montagne.
Lorsque le désir est dans l’ordre de l’être, il n’y a pas de problème, vous pouvez avoir un désir illimité de beauté, de paix, de sérénité, non seulement ça vous fait du bien mais ça fera du bien aussi à autrui.
Mais si vous le transférez ce désir illimité dans l’ordre de l’avoir, alors là vous allez créer de la rareté artificielle parce que vous avez beau poursuivre votre désir à vous, vous serez toujours insatisfait et votre désir du toujours plus dans l’ordre de l’avoir va créer effectivement de la misère à l’autre bout de la chaîne.
La réalité du désir d’avoir en profondeur, c’est en fait le rapport à la mort. Et tant que l’on n’a pas fait face à cette situation, qu’on n’a pas découvert que la meilleure façon, face au rapport à la mort, c’est de vivre intensément sa propre vie, tant que l’on croit que c’est dans la course à l’avoir que l’on va y répondre, eh bien, on est dans cette situation de double misère que j’évoquais à l’instant.
C’est vrai sur le plan individuel mais c’est vrai aussi sur le plan collectif, sur le plan de l’Histoire des sociétés. Quand on a rassemblé ces divers éléments, la question de la démesure, qui est à la fois dans le défi écologique, dans le défi social, dans le défi de la crise financière ou dans le défi politique, la question du mal-être et du mal de vivre, c’est la démesure.

L’antidote

La question du mal être et du mal de vivre, on voit bien que du côté des stratégies positives, des logiques de transformation, il va falloir mettre en place un autre couple. Cela va être celui qui d’un côté va être dans la simplicité, va accepter ses limites, va être non pas dans l’ordre de l’excès mais dans l’ordre de la suffisance. Cela c’est le côté de la simplicité, la sobriété, la frugalité, vous pouvez choisir les mots qui vous conviennent mais en tout cas la caractérisation c’est le fait de dire : il y a un certain nombre de limites à respecter et elles sont aussi bien dans l’ordre du rapport à la nature, dans l’ordre du social que dans l’ordre du rapport au pouvoir. Un pouvoir qui bascule dans la démesure, où il n’y a plus d’équilibre, qui n’a plus de contre-pouvoir, c’est un pouvoir qui est hors limites. Mais si vous n’avez que la partie des limites, sans agir sur l’autre élément du couple qui est la question du mal vivre, de la maltraitance et du mal-être, vous allez avoir un vrai problème, comparable à ce qui se passe si on propose une cure de sevrage à un toxicomane. S’il n’y a pas d’espoir d’un mieux être, il préfère continuer encore avec sa toxicomanie. Donc la question du mieux-être sous toutes ses formes, la question de l’art de vivre, en donnant à l’art de vivre son sens le plus fort, n’est pas une question qui serait une espèce de supplément d’âme, une vision purement individuelle ou réservée à quelques bobos hédonistes. La question de ce qu’est la réponse au mal de vivre, (qui est donc, pour des êtres humains, la question clé de la joie de vivre), devient une question éminemment politique, parce que vous ne pouvez accepter les limites qui sont écologiquement, socialement, politiquement nécessaires que pour autant que vous travailliez sur l’autre élément du couple. Faire progresser des éléments en terme de qualité de vie va nous met devant un problème qui est à la fois passionnant et relativement nouveau, parce que dans l’Histoire des collectivités humaines cette seconde partie soit n’était pas traitée, soit elle était réservée aux psychologues, aux religions, mais c’était une sphère extérieure aux enjeux économiques et politiques.
Voici la nouveauté :
C’est parce que nos systèmes sont devenus insoutenables, que la question des limites est une question qui est maintenant clairement posée. Si on ne travaille pas sur le second élément positif du couple qui est l’élément en termes de mieux-être, eh bien on n’est pas capable de répondre à la question des limites ou alors on y répond sur un mode qui est un mode purement autoritaire avec évidemment tous les risques que les logiques autoritaires peuvent générer. Donc c’est très important de travailler cette question du mieux-être, et en entendant fortement le mot « être » dans « mieux-être », il y a là un renversement qui est tout à fait important et qui joue autant sur le plan personnel que sur le plan collectif.

L’excitation et la dépression

Dans les différentes formes de démesure que j’ai évoquées, vous avez une espèce de balancier entre l’excitation et la dépression. Prenez par exemple les marchés financiers. Vous avez le Wall Street Journal qui a un jour vendu la mèche. Dans un éditorial, il a clairement dit ceci : « Wall Street ne connaît que deux sentiments : l’euphorie ou la panique ». Vous voyez qu’on était loin des thèses officielles sur les arbitrages rationnels des marchés financiers. Euphorie – Panique.

Qu’est-ce qu’euphorie – panique ? Eh bien c’est un mouvement d’excitation, mais excitation déséquilibrée et ce déséquilibre prépare lui-même les conditions de la dépression.

Alan Greenspan, l’ancien patron de la Banque Fédérale américaine ne disait pas autre chose quand il s’inquiétait par exemple de qu’il appelait l’exubérance irrationnelle du marché financier. L’exubérance irrationnelle du marché financier a préparé ensuite la dépression, elle-même irrationnelle et la nouvelle phase de petite exubérance dans laquelle on est entré, dans certains pays où on nous annonce régulièrement que la reprise est pour demain, participe de cette même logique et prépare de nouveau des phases dépressives pour les mêmes raisons, qui sont liées à une situation où, quand on est dans l’excitation déséquilibrée, inévitablement, la seconde phase du cycle conduit à la phase dépressive ; quand cela prend la forme particulièrement aiguë, c’est ce qu’on appelle, par exemple en terme médical, la psychose maniaco-dépressive. La psychose maniaco-dépressive, on dit souvent que c’est la maladie du siècle, mais on le dit à titre individuel. On devrait le dire par exemple, sur le plan des marchés financiers.

Le problème n° 1 des marchés financiers, c’est qu’ils sont fondamentalement dans des logiques de psychose maniaco-dépressives et au passage on comprend bien pourquoi. Si vous avez un traitement qui ignore le caractère pathologique du phénomène, évidemment vous passez à côté. La façon dont on a sauvé le système bancaire occidental s’apparente à la même opération que si on avait rassemblé la plupart des drogués les plus durs que l’on connaisse, en leur disant : « Cela ne peut plus durer, mais pour commencer avant tout traitement, on va vous ouvrir des entrepôts pleins de drogues dures et vous y aurez accès librement pendant un an ; après on verra comment on ferme les entrepôts ». C’est à peu près comme ça qu’on a traité le problème de la crise bancaire internationale. Ce n’est pas étonnant si on se retrouve maintenant avec des nouvelles bulles spéculatives qui cette fois ont été alimentées par de l’argent public Derrière la faillite du système bancaire, maintenant c’est la faillite des systèmes publics qui est dans la seringue, c’est la raison pour laquelle, la Grèce, la Hongrie en Europe, mais aussi, on en parle moins le Pakistan etc. sont des pays qui, dans cette logique insoutenable là, seront conduits à être dans des situations de faillites de plus en plus importantes, parce qu’on traite les problèmes pathologiques du système financier mondial par cette même logique de la démesure.

Le couple intensité – sérénité

Si on veut changer de posture, il faut sortir du couple excitation – dépression, pour s’en construire un autre qui est au fond la définition même de la joie de vivre et qui est le couple intensité – sérénité. Pourquoi intensité ? Parce que tous les êtres vivants, et c’est vrai d’individus mais c’est vrai aussi de communautés humaines, ont une demande très forte, qui est une demande de se sentir vivant. Nous n’avons pas seulement besoin d’assurer notre survie biologique, nous avons besoin d’être pleinement des vivants et la plupart du temps, la façon dont nous recherchons cette façon d’être vivant c’est justement dans des modèles fondés sur l’excitation et de la captation d’énergie sur autrui. Quand on est dans ce modèle-là, eh bien on est à la fois dans le rapport excitation – dépression mais on est en même temps complètement dans le modèle compétitif.

Si on veut en sortir, il faut retrouver une capacité de se ressentir intensément vivant et ça, c’est la question de l’intensité. Mais dans des conditions telles qu’on n’est pas condamné pour autant à la dépression derrière et à des logiques de compétitions pour aller piquer l’énergie d’autrui .

Cette question–là, c’est une question qui n’est pas nouvelle dans l’Histoire de l’humanité. Tous les grands traités de sagesse, toutes les traditions spirituelles y compris les traditions spirituelles agnostiques et athées, qui sont de grandes traditions spirituelles, le bouddhisme qui est une grande tradition athée, toutes les grandes traditions spirituelles ont travaillé sur cette question-là et elles ont apporté des éléments de réponse, en disant qu’il est possible d’être à la fois dans l’intensité et dans la sérénité.
Qu’est-ce qui le permet ? C’est la qualité de présence, c’est la qualité d’attention, l’attention avec un grand A, on pourrait presque dire, en jouant sur la sonorité des mots que c’est l’alternative entre l’attention avec un grand A et puis la tension avec un T. la tension de la course, la tension de la compétition , la tension du stress etc. du côté du T et la qualité de présence, de ce que j’appelle l’art de vivre à la bonne heure, c’est-à-dire le fait d’être intensément présent à la situation, à la relation dans laquelle on se trouve à un moment donné. Quand on crée des conditions pour être « à la bonne heure », quand on crée des conditions qui permettent d’être pleinement présent dans ce que l’on vit, alors dans ce moment là on sent à la fois l’intensité mais on sent que cette intensité ne nous déséquilibre pas et on sent la possibilité d’être pleinement présent dans cette intensité et donc aussi la capacité de la savourer et c’est ça la sérénité. La sérénité ce n’est pas un élément ascétique et triste, c’est une qualité d’être là qui vous permet de savourer cette intensité et ça sur le plan individuel, toutes les traditions l’ont décrit.

Cette question n’est plus simplement une question personnelle, c’est devenu une grande question collective et les enjeux pour nos sociétés, c’est comment on facilite les conditions qui font que ce goût du rapport entre intensité et sérénité finissent par être plus important que la fascination du rapport excitation – dépression que vous trouvez dans la plupart des modèles dominants. Cela c’est un enjeu éducatif, au sens le plus radical du mot « éducation ». Vous savez qu’en latin ex-ducere, c’est conduire au-dehors, donc éduquer, c’est quelque chose de beaucoup plus exigeant, et de beaucoup plus passionnant que former. On pourrait presque dire que c’est le contraire. Former c’est mettre en forme. Eduquer c’est conduire au-dehors. Conduire un être, conduire des êtres, collectivement à une autonomie suffisante pour qu’ils soient capables de se tenir debout. La philosophe Simone Veil avait une très belle expression pour le caractériser. Elle disait : « Elever un être humain c’est l’élever à ses propres yeux ».

L’enjeu éducatif qui est un enjeu d’éducation populaire parce que c’est un enjeu collectif qui ne passe pas par les formes livresques académiques, c’est un enjeu qui peut s’exprimer sous les formes les plus variées.

L’éducation populaire, c’est favoriser des conditions telles que le goût d’une éducation à la joie de vivre soit plus important que le goût d’une adaptation à des modèles qui fonctionnent sur la démesure et le mal-être ou sur l’excitation et la dépression. Alors quand on s’engage dans cette direction, on voit bien que cela entraîne des changements de posture dans le rapport à la richesse et dans la façon même de voir ce qu’on appelle l’économie.

Changement par rapport à l’économie

Une autre croissance
J’ai passé une partie de ma vie professionnelle à la Cour des Comptes, en France, donc complètement sur des problèmes de comptabilité et de monnaie, vraiment les deux points durs de l’économie. Et ce que j’ai découvert c’était que derrière ces éléments qui sont présentés souvent comme étant purement neutres et objectifs, vous avez en réalité des choix de société, mais des choix de société camouflés. La comptabilité, c’est là une histoire de choix de société. Par exemple, la comptabilité nationale et les grands agrégats de la comptabilité internationale, dont le fameux « produit intérieur brut », ça correspond à une Histoire particulière qui est celle de nos sociétés traumatisées par la seconde guerre mondiale, engagées dans le processus de reconstruction, pariant sur l’industrialisation au cœur de ce processus de reconstruction et décidant d’avoir un système comptable qui valorise les activités qui sont sur le mode industriel et qui au contraire en dévalorise d’autres. Par exemple, si vous prenez, puisque nous sommes dans une région rurale, l’ensemble de ce qu’on peut appeler les métiers de pays, les beaux métiers de paysans. Dans les métiers de pays il y avait des fonctions écologiques de préservation de la nature, il y avait des fonctions qu’on appellerait, en terme moderne, d’aménagement du territoire, de lien social, de lien culturel. La production des biens est évidemment une des facettes importantes du métier de paysan mais elle s’insérait dans un contexte beaucoup plus large.

Avec les systèmes de comptabilité nationale, on a décidé que seules les activités qui s’apparentait au modèle industriel de production étaient dignes d’être valorisées économiquement dans les chiffrages, du même coup toutes ces fonctions-là : la fonction écologique, la fonction d’aménagement du territoire, la fonction sociale, etc., sont complètement oubliées et dévalorisées.

Ce que nous payons aujourd’hui avec les problèmes de pollution, de nappes phréatiques, de disparition des haies, de désertification des campagnes, c’est-à-dire la plupart des grands problèmes écologiques et sociaux dont on reconnaît maintenant qu’ils sont réels ont un rapport direct avec des choix de société, des choix comptables liés à ces choix de société. Ceux-ci ont été faits dans un contexte où ces questions- là étaient considérées comme étant des questions totalement superflues.

Donc quand on entre dans un autre rapport à la richesse, on est amené à s’interroger sur un autre rapport à la façon dont on parle de la richesse, dont on la mesure.

J’ai été conduit à faire pour le gouvernement français, une mission sur une autre approche à la richesse et un autre rapport qui s’appelle : « Reconsidérer la richesse », pour se poser notamment la question de ce qu’on appelle les indicateurs, c’est-à-dire ce qui nous permet de nous repérer quand on choisit d’aller vers un certain cap et de voir si les indicateurs dont nous disposons sont cohérents avec le cap que la Communauté Internationale a choisi de prendre.

Il y a des conférences internationales sur le développement durable, sur le climat, sur la biodiversité. Il y a eu deux sommets de la terre, un à Rio, un à Johannesburg pour à peu près toute la communauté internationale est maintenant d’accord pour dire : « On ne peut pas continuer sur l’ancien cap d’une croissance productiviste à tout craint ». Mais vous avez beau multiplier les conférences internationales, si vous choisissez un nouveau cap mais si vos instruments de bord, pour prendre une comparaison maritime sont toujours sur l’ancien cap, eh bien évidemment il va y avoir une contradiction totale, donc il faut aussi sur le plan économique changer nos indicateurs. Changer nos indicateurs veut dire aussi changer nos systèmes comptables avec toutes les conséquences très concrètes que cela entraîne. Par exemple, le jour où vous aurez un dépôt de bilan écologique et un dépôt de bilan financier, cela voudra dire que la stratégie d’une entreprise devra être considérablement modifiée.

Le jour où des états se jugeront non pas sur la course à la croissance et au produit intérieur brut mais sur la qualité de leur système d’éducation, la qualité de leur système de santé, leur qualité de vie, alors évidemment le rapport se trouvera transformé. Et il y aura donc un autre rapport à l’économie du point de vue des indicateurs et des systèmes comptables, un autre rapport à l’économie du point de vue de la monnaie.

La monnaie

La monnaie est une invention géniale dans l’Histoire de l’humanité dans la mesure où elle est facilitatrice de l’échange et de la création de richesse, c’est-à-dire quand la monnaie est un outil, un moyen au service de l’échange et de la création de richesse. On comprend bien que la monnaie est infiniment plus commode et plus fluide que, par exemple, un système bilatéral comme le troc où pour arriver à se mettre d’accord sur : « Je t’échange X produits contre X autres produits », c’est possible quand on est à deux ; quand on est à trois c’est plus compliqué et quand on est 10, 15, etc. cela devient impossible. Donc évidemment le fait de dire à un moment donné : « Et si on prenait un étalon commun et qu’on gardait la mémoire de nos échanges à travers cet étalon commun », c’est évidemment un progrès dans l’échange.

Oui c’est un progrès mais à une condition fondamentale qui est que la monnaie reste un simple moyen. Mais si la monnaie n’est plus un moyen, si la monnaie devient une fin et si l’acquisition de monnaie devient une fin en elle-même, à ce moment là, le système se met à déraper. Ce n’est pas seulement dans la dernière période que ça arrive. (dans la dernière période, cela a pris des proportions encore plus démentielles). Mais cette question-là était déjà posée par Aristote qui disait : « Lorsque la monnaie devient une fin et n’est plus un moyen on n’est plus dans de l’économie mais dans ce qu’il appelait de la chrématistique ». La chrématistique c’était ce dérapage quand la monnaie devient une finalité au lieu d’être un simple objet de transaction. C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, dans les stratégies de transformation, une autre approche de la richesse avec d’autres indicateurs de richesse, d’autres rapports à la monnaie, d’autres réinventions de système d’échange, fait partie des stratégies transformatrices, aussi bien à des échelles locales qu’à des échelles internationales.

Je citais tout à l’heure Bernard Liétear, ancien responsable de la Banque Centrale de Belgique. Bernard Liétear est l’un des auteurs d’une monnaie mondiale qu’il appelle TERRA, qui serait une monnaie au service d’un développement réellement soutenable et l’un des moyens pour s’assurer que la monnaie reste un outil, ne devienne pas une finalité, un moyen très radical c’est que cette monnaie perde de sa valeur quand elle n’est pas utilisée.

C’est difficile à concevoir parce qu’on a tellement l’habitude de placer son argent, que l’argent travaille et que cela rapporte etc… C’est d’ailleurs un banquier qui s’appelait Sylvio Genel, qui avait fait cette remarque que tous les biens perdent de la valeur au cours du temps. Ca s’appelle l’obsolescence. Pourquoi donc faudrait-il qu’il y en ait un seul qui, au contraire, gagne de la valeur au cours du temps. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans cette affaire-là.

Et quand vous regardez les grandes réalisations de l’humanité, Bernard Liétard prend souvent l’exemple des pyramides et des cathédrales, ce sont des réalisations qui ont été faites dans des systèmes monétaires à intérêts négatifs c’est-à-dire que vous n’aviez pas intérêt à thésauriser ou à spéculer puisque la monnaie dans le temps perdait de la valeur. Donc vous aviez, au contraire intérêt à avoir des réalisations les plus durables possibles. D’ailleurs c’est encore vérifiable aujourd’hui. Si je prends une ville qui dispose d’une cathédrale, on peut dire que c’était le meilleur investissement possible et cet investissement a pu être fait il y a 800 ans, il est toujours actuel, par exemple avec les touristes qui vont venir dans la ville où il y a une cathédrale et y dépenseront de l’argent. La cathédrale, elle-même n’a pu être possible que parce que le système monétaire de l’époque était un système où ce qui avait de la valeur n’était pas la monnaie mais la cathédrale qu’on était en train de construire.

Quand Bernard Liétard propose une monnaie qu’il appelle « Terra », il propose effectivement un système monétaire mondial qui est destiné à favoriser les investissements écologiques et sociaux dont a besoin l’humanité et qui est complètement à rebours du système actuel dans lequel, avec le retour sur investissement, vous avez tout intérêt à aller sur des placements financiers si vous voulez avoir un retour sur investissement de 15 % ou davantage… Alors que si vous faites dans l’économie réelle vous n’aurez pas plus de 3 ou 4 %. Je n’en dis pas plus sur ce volet là, mais vous voyez bien que dans des changements de posture, un autre rapport à la richesse et à l’économie est déterminant.

Changement par rapport au pouvoir

C’est la même chose sur le plan politique. Un autre rapport au pouvoir est aussi nécessaire parce que si on est simplement dans une logique de pouvoir à conquérir, du pouvoir à prendre, nécessairement on est dans des logiques de compétition. On est dans des logiques de jeux à sommes nulles, ce qui est gagné par certains doit nécessairement être perdu par d’autres.
Est-on condamné à avoir ce rapport-là au pouvoir ? Il suffit de revenir au sens des mots eux-mêmes, pour se rendre compte qu’il y a une autre voie tout-à-fait possible. Après tout, le verbe pouvoir, (et vous trouvez cela dans toutes les langues, mais en français c’est un verbe auxiliaire qu’on écrit en minuscule et qui n’a de sens qu’avec des compléments), c’est un pouvoir de… et on attend la suite. Ce pouvoir de… . c’est un pouvoir de création et ce pouvoir de création est démultiplié par la coopération. Le pouvoir c’est une énergie que l’on se donne et qui va être d’autant plus démultiplié que le nombre de personnes qui vont être dans ce pouvoir de création va être plus élevé.
Mais si le verbe pouvoir, au lieu de l’écrire en minuscule et avec des compléments, vous en faites un substantif et que vous l’écrivez en majuscules « POUVOIR », alors c’est un pouvoir qui se suffit à lui-même. Ce n’est plus un pouvoir de, c’est un POUVOIR SUR et le couple se met en place. Ce n’est plus le couple création-coopération, c’est le couple domination et peur, parce que c’est à la fois la peur des dominés face aux dominants, mais c’est aussi la peur des dominants entre eux : peur que ce POUVOIR, si difficilement acquis, on se le fasse « piquer » par un autre apprenti-dominant.
Donc, dans cette posture -là du pouvoir, quel que soit le contenu transformateur que l’on peut y mettre, ils se découvraient pieds et poings liés dans cette logique du POUVOIR-SUR. Ils avaient abandonné cette énergie créatrice qui était liée au pouvoir de création démultiplié par la coopération.

Et c’est le drame, souvent, de toutes les histoires des mouvements sociaux et politiques qui ont été dans une logique transformatrice mais qui se sont dit : « Le jour où on aura le POUVOIR on pourra enfin réaliser notre programme ». Le jour où enfin ils accédaient à ce fameux POUVOIR-SUR, ils étaient piégés dans cette logique.

Donc il n’y a pas de stratégie transformatrice qui aille jusqu’au bout d’une société, qui soit à la fois plus simple et qui accepte un certain nombre de limites mais soit aussi plus soutenable, parce que capable d’organiser davantage le mieux-être et la joie de vivre de ses concitoyens. Il n’y a de stratégie transformatrice que si la nature même du pouvoir est en rapport avec ce projet, que si c’est un pouvoir qui incite à démultiplier cette énergie sociale, cette énergie civique, cette énergie culturelle.
De la même façon qu’il y a un changement de rapport à la richesse dans une autre approche de l’économie, il y a un changement de rapport au pouvoir dans une autre approche de la politique.

Ce n’est pas simplement la question des contre-pouvoirs. Bien sûr les contre pouvoirs sont une nécessité face à la démesure du POUVOIR, quand le POUVOIR est lui-même dans la logique de domination. Mais si on est simplement dans un contre-pouvoir, face à un POUVOIR de domination, y compris le jour où ce contre-pouvoir gagne, on est toujours dans cette même logique.

Donc, le vrai changement de posture, c’est-à-dire OK pour des contre-pouvoirs, mais ce qu’il faut surtout organiser c’est un autre rapport au POUVOIR. Alors à ce moment-là, l’énergie collective devient une ressource et une ressource abondante. Lorsqu’on est dans le POUVOIR à prendre, on est dans le POUVOIR rare, le nombre de postes étant limité, et le POUVOIR rare est là-haut, il faut le conquérir et inévitablement l’énergie transformatrice va finir par se tarir.

Changement par rapport au savoir

Donc, changement de posture dans le rapport à l’économie, changement de posture dans le rapport au politique, mais je pourrais continuer sur d’autres terrains : changement de posture dans le rapport au savoir, parce qu’on voit bien qu’on peut être dans une logique de savoir confisqué, si le savoir est par exemple un savoir purement académique, réservé à quelques-uns, un savoir extraordinairement hiérarchisé, (« Tu n’as pas le droit de parler de ça, parce que tu n’as pas les diplômes »). Alors qu’inversement, quand on est on est dans des logiques d’éducation populaire, on est dans des logiques d’échanges réciproques de savoirs. Tout être humain est porteur de savoir-être, porteur de savoir-faire et la façon dont vont s’organiser ces échanges de savoirs est aussi une source de dignité supplémentaire pour les personnes et les groupes.

Changement par rapport au sens

Cela vaut aussi dans le rapport au sens. Toute communauté humaine, nécessairement, se pose les questions de rapport au sens parce que, justement, nous savons que nous sommes des êtres mortels, donc la question du sens est une question incontournable des sociétés humaines. Mais si le sens devient un objet de captation, un objet de domination, à ce moment-là, de la même façon que vous avez de la captation de richesses appelée par exemple capitalisme, de la captation de POUVOIR qu’on va appeler despotisme ou tyrannie, voire totalitarisme, vous pouvez avoir aussi de la captation de sens et, à ce moment-là, ça va s’appeler intégrisme ou fondamentalisme et ça va produire les mêmes effets destructeurs que la captation de richesse ou de la captation de POUVOIR.

Que se passe-t-il si les stratégies transformatrices ne voient que l’un des côtés du problème ? Par exemple, elles vont être lucides sur la captation de richesses (ça a été le cas par exemple des anticapitalistes dans l’Histoire), mais, à côté de ça, ces stratégies transformatrices peuvent être aveugles sur leur rapport au POUVOIR. Alors, elles peuvent très bien, une fois leur programme réalisé, être dans une situation où leur captation de POUVOIR va produire des effets pires encore que la captation de richesses antérieure qu’elles ont combattue.

Cela a été tout le drame de l’Histoire des mouvements communistes.
Donc il n’y a de stratégies transformatrices possibles que si cette logique d’émancipation, cette logique de libération, porte sur l’ensemble des terrains et pas sur un seul et ça vaut tout autant sur le plan des rapports hommes-femmes par exemple, par rapport au patriarcat, que sur le plan du rapport à la nature. On est dans une situation où on va retrouver la question de la sortie des logiques de dominance sur tous les terrains à la fois.

Cette question va être à la fois de l’ordre de la transformation personnelle parce que si, au sein des groupes qui mènent ces combats transformateurs, (s’ils n’ont pas eux-mêmes changé suffisamment leur posture de vie), ils peuvent très bien devenir des apprentis autocrates. Cela, on peut le constater, y compris dans les organisations les plus alternatives par ailleurs. Donc vous voyez que ce couple-là qu’on a souvent opposé : transformation personnelle et transformation sociale et collective, c’est au contraire un couple a faire fonctionner de façon complémentaire et positive.

J’ai eu la chance, en étant au forum social à Porto Allegre, de participer à la première rencontre qui a lancé cette logique qu’on a appelé « TPTS », transformation personnelle-transformation sociale. Et c’était significatif que ce soit dans un lieu évidemment éminemment collectif et en plus collectif mondial de la société civile mondiale, le forum social mondial de Porto Allegre. C’était très intéressant de voir que cette implication de la transformation personnelle et de la transformation sociale était considérée comme devant être portée simultanément.

Transformation personnelle-transformation sociale

Cette énergie-là, permet d’être sur un terrain que l’Histoire a souvent mis en évidence, qui est un trépied qui s’articule entre trois pôles essentiels.

Un pôle qu’on peut appeler de résistance créatrice. Qu’est-ce qui fondamentalement nous apparaît de l’ordre de l’inacceptable, de la destruction, de l’inhumain ? La résistance doit être créatrice parce qu’une résistance qui est une résistance uniquement tournée vers la révolte et qui n’a pas de part créatrice est une résistance qui elle-même finit par être désespérée.
Cette résistance créatrice doit s’articuler sur vision transformatrice. Un autre monde peut être possible et justement, cet imaginaire-là,(le droit de se dire et de s’épauler mutuellement pour rêver d’une autre organisation sociale), est un ingrédient fondamental de la résistance créatrice parce que c’est elle qui va lui donner sa perspective historique, qui va constituer son horizon.

Mais vous avez besoin d’un troisième élément. Ce troisième élément c’est de dire : "Nous avons la résistance créatrice contre l’inacceptable, nous avons la vision transformatrice, et bien nous n’attendons pas que cette vision transformatrice se trouve réalisée parce que, par exemple, les réformes structurelles qui la permettraient ont été réalisées. Nous allons sans attendre pousser le plus loin possible la concrétisation de cette vision partout où cela est possible, là où nous sommes et avec les moyens et les limites qui sont ceux de la réalité actuelle. Cela s’appelle, l’expérimentation et l’expérimentation est anticipatrice parce qu’elle prépare en même temps les éléments ultérieurs de la réalisation de la vision transformatrice à une échelle plus forte.

Prenez des exemples historiques. Le mouvement ouvrier. Il n’a pas attendu la réalisation de la protection sociale pour mettre en place les caisses de secours mutuel ou les bourses du travail y compris quand les caisses de secours mutuel et les bourses du travail étaient illégales. Le mouvement coopératif, le mouvement mutualiste, que vous connaissez parfaitement bien en Belgique, n’a pas attendu qu’il y ait des lois sur les coopératives, sur le secours mutuel pour les réaliser. A ce moment là, la force de l’expérimentation, la force de l’auto-organisation, c’était une des caractéristiques de ce qu’on a appelé dans les années 70, le courant auto-gestionnaire qui dit effectivement de : « Nous allons donc pousser le plus loin possible cette expérimentation », et c’est important que cette expérimentation soit elle-même en lien avec les deux autres pôles parce que, par exemple, si vous dissociez complètement l’expérimentation de la résistance créatrice et de la vision transformatrice, il y a un moment où effectivement l’expérimentation va tourner en rond et devenir purement et simplement une limitation de la casse, voire une soupape de sûreté du système dominant.

Prenez des initiatives qui sont potentiellement extraordinairement positives, tel le microcrédit. Mais si vous dissociez le microcrédit de la résistance créatrice contre les disfonctionnements du macro crédit et de la vision transformatrice sur ce qu’il faudrait faire sur de nouvelles formes de régulation financière mondiale, et bien il y a un moment où le microcrédit permet de gérer à minima les problèmes de pauvreté sans changer le reste du système, donc on se contente de traiter les symptômes et on ne traite pas les causes.

Vous voyez ce rapport entre la dimension transformation personnelle et transformation sociale et ce trépied qui allie le pôle de la résistance créative, le pôle de la vision transformatrice et le pôle de l’expérimentation anticipatrice, c’est une clef que vous retrouvez dans pratiquement toutes les grandes questions auxquelles nous sommes affrontés et c’est ce qui permet de penser la question de la transition et la question des territoires en transition.

Il y a tout un mouvement international qui est en train de se développer autour de ce qu’on appelle «  les villes en transition », mais les villes, ça peut être tout aussi bien des campagnes ou des quartiers que des villes, ou ça peut être des régions, ou ça peut être des pays entiers qui sont en transition, c’est-à-dire qu’ils disent : « Ce modèle dominant dans lequel nous sommes encore, nous avons compris qu’il était insoutenable, nous avons compris qu’on ne pouvait pas continuer ainsi ». Par exemple il y a des sociétés qui sont dopées à l’argent, dopées au pétrole, dopées à l’excitation, etc. Nous disons pourquoi ce modèle est insoutenable et pourquoi nous combattons ses effets les plus inacceptables : résistance créatrice. Nous organisons l’imaginaire collectif sur une autre façon de penser des sociétés : le droit de libérer son imaginaire et on n’attend pas que ce qu’on a imaginé soit réalisé pour dire : « Là c’est possible et le plus loin possible encore ».
Avec tous les acteurs qui sont prêts à y aller, on va commencer à s’organiser :

  • pour réduire nos consommations à base de pétrole, pour avoir un équilibre écologique préservé ;
  • pour développer du commerce équitable, de l’agriculture biologique plutôt que de l’agriculture anti-biologique ou du commerce inéquitable ;
  • pour développer des logiques de coopération plutôt que des logiques de compétition ;
  • pour développer des monnaies sociales complémentaires ou des systèmes d’échange plutôt que des formes spéculatives ;
    pour développer de nouveaux indicateurs de richesse plutôt que les indicateurs dominants.
  • Etc. etc.

Et ceci effectivement avance. Moi, sur les terrains sur lesquels j’ai été amené à travailler au cours de ces dernières années tels que des nouveaux rapports à la richesse, les indicateurs, la question des monnaies, ça avance de la même façon que les autres rapports au pouvoir, les nouvelles formes démocratiques, Ce sont des terrains sur lesquels il y a eu des expérimentations et des avancées appréciables au cours des dix dernières années et dans tous les endroits du monde.

Donc il faut rassembler ces perspectives, et les mettre dans une logique de transition et arrêter de dire : « Oui mais, on est en face de problèmes tellement énormes que de toute façon on est conduit à baisser les bras ». Il y a un moment où il faut dire, comme le fait Coline Serreau dans son dernier film, (que je vous invite à voir si vous n’avez pas encore eu cette possibilité), : « Solutions locales face à un désordre global » , de dire : « OK, on a bien vu qu’on est dans des systèmes dominants qui sont des systèmes qu’Emmanuel Mounier aurait appelé ’du désordre établi’ ». Ce n’est pas parce qu’il y a du désordre établi à des échelles structurelles et à des échelles globales que ça nous interdit de penser des débuts de transformation à des échelles où nous pouvons exercer notre pouvoir créateur.

Si l’ensemble de ces acteurs se relient, et ils ont commencé à se relier, par exemple à l’échelle internationale, alors des espaces comme les forums sociaux mondiaux sont des espaces de rencontres importants. Là, l’ensemble des acteurs qui ont une vision, y compris globale, de ce que pourrait être la planète, peuvent se rencontrer et articuler à ce moment-là l’énergie créatrice de ces territoires en transition avec une reliance à une échelle plus globale.

Après tout, in fine, qu’est-ce qui se joue derrière toutes ces mutations, derrière toutes ces crises ? Il se joue une aventure qui est absolument passionnante et qui est l’aventure humaine elle-même. C’est-à-dire que nous sommes à un moment critique de l’Histoire de notre famille humaine. Un moment où d’un côté, la sortie de route est possible et d’une certaine façon on peut dire que l’humanité a l’embarras du choix dans la façon de préparer un tête-à-queue, la façon de finir prématurément sa brève histoire dans l’aventure de l’univers. Elle peut, soit détruire ses systèmes écologiques, soit s’autodétruire par des armes de destruction massive, soit se détruire en quelque sorte en douceur par ce qu’on pourrait appeler ’fatigue d’humanité’, il suffit simplement que l’humanité n’ait plus de désir d’humanité suffisant pour que l’humanité s’arrête. Bref, il y a l’embarras du choix sur la façon dont l’humanité pourrait arrêter sa courte histoire dans l’univers.

Mais en même temps, comme dans toutes les périodes historiques de bifurcation, plus les défis sont immenses et plus les forces de création et de renaissance sont également présentes. A ce moment-là, on peut aussi utiliser ces défis comme une ressource pour réaliser un saut qualitatif dans la conscience même d’humanité. C’est ce que, par exemple, le rassemblement international qui s’appelle « dialogue en humanité » appelle « grandir en humanité  ». On est placé à ce rendez-vous-là, parce que l’humanité elle-même, d’une certaine façon, est devenue un sujet de sa propre Histoire sous la forme la plus terrible qui soit, avec Hiroshima et Nagasaki. C’est-à-dire quand elle a pris conscience qu’elle avait la possibilité de construire des armes qui pouvaient, à terme, l’autodétruire.

De ce moment historique-là, qui est finalement tout récent, on peut dire que l’humanité s’est constituée en sujet de sa propre Histoire. La grande affaire du temps qui est devant nous c’est comment nous constituons l’humanité en sujet positif de sa propre Histoire.

Comment l’humanité est-elle capable d’affronter la question qui dépasse celle des barbares extérieurs, qui a été la question politique classique sur laquelle les états, les tribus, les cités, les nations se sont construits, où on civilisait, on pacifiait un espace face aux barbares, aux étrangers, aux infidèles ? Quand on prend la question à l’échelle planétaire, à l’échelle de la mondialité, il n’y pas d’extraterrestres pour nous rendre le service d’être les barbares, les étrangers, les infidèles. Il y a bien un système de barbarie, mais ce n’est pas un problème de barbarie extérieure. C’est un problème de barbarie intérieure. L’humanité est bel et bien menacée, y compris menacée de destruction mais elle est menacée par sa propre inhumanité.

Pour la première fois, la question politique rejoint la question de la sagesse parce que quels que soient les patrimoines, tous nous disent, depuis des siècles et même depuis des millénaires, qu’il y a bien un problème de barbarie… mais que ce n’est pas un problème de barbarie extérieure mais un problème de barbarie intérieure. Ce sont les traditions de sagesse qui nous le disent.

La grande affaire de l’humanité c’est de savoir comment, pour se constituer en sujet positif de sa propre histoire, elle fait un pas dans la direction du fameux homo sapiens-sapiens, parce que nous sommes censés être des homo sapiens-sapiens et comme le dit Edgard Morin, on ferait mieux de dire que nous sommes des sapiens-démens. Il y a du savoir certes, mais du côté de la sagesse on est loin de compte et quand il y a un déséquilibre total entre les savoirs d’intelligence mentale et l’absence de sagesse, l’absence d’intelligence du cœur, ça donne ce qu’évoquait déjà Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Et « science sans conscience n’est que ruine de l’âme », vous l’avez eu avec la Shoah, vous l’avez eu avec Hiroshima, c’est-à-dire des progrès d’une rationalité extraordinaire mais qui sont mis au service de la part barbare de l’humanité.

Nous ne pouvons progresser dans la voie d’une auto-gouvernance, d’une humanité qui est capable de construire un vivre ensemble, que pour autant que nous menions le travail sur l’intelligence du cœur au même niveau que celui de l’intelligence mentale, de l’intelligence de l’esprit. C’était Martin Luther King qui disait : « Il nous faut apprendre à mieux nous aimer, comme des frères et sœurs, ou nous préparer à périr comme des imbéciles ». Il avait bien pointé du doigt le rapport entre la question de la qualité de l’intelligence, la qualité même éducative, la qualité de l’apprentissage et la qualité relationnelle, la qualité d’amour.

L’humanité est un réseau pensant et c’est une chance extraordinaire : les nouvelles technologies de l’information, de la communication, de la société de la connaissance etc. sont une réelle opportunité à condition que ce réseau pensant soit aussi un réseau un peu plus aimant, un réseau capable de mobiliser de la qualité relationnelle et de la qualité de sagesse, pour mieux utiliser sa formidable capacité du côté de son intelligence mentale.

Quand on rassemble tous ces éléments, ça vaut le coup de participer à cette formidable aventure. A la fois d’être pleinement lucide sur les risques mais d’être en même temps pleinement dans ce rapport «  intensité -sérénité  ». Ce moment-là de l’Histoire de l’humanité, qui est un moment que nous pouvons vivre intensément, aussi bien dans nos vies personnelles, qu’à l’échelle de territoires locaux, et qu’en étant participants par un biais ou par un autre à cette grande aventure collective d’émergence d’une société mondiale qui soit une société de civilité mondiale.
Cette aventure-là, elle est aujourd’hui présente, elle est aujourd’hui possible.
C’était Alexander Loewen qui disait : « Traverser la vie le cœur fermé, c’est comme faire un voyage dans le fond de la cale ». Eh bien, le grand enjeu, c’est effectivement de sortir de la cale, de monter sur le pont et d’être dans cette situation-là où nous pouvons vivre intensément l’aventure humaine, aussi bien dans nos vies individuelles que dans nos vies collectives parce que cette qualité-là d’humanité devient un enjeu qui est un enjeu pleinement politique.


Conférence du 26 avril 2010 à Saint-Gérard,
retranscrite par Eugénie Eloy


Pour en savoir plus taper son identité sur un moteur de recherche ; et des vidéos passionnantes :


Entretien avec Patrick Viveret et Philippe Meirieu
envoyé par ecolosphere. - L’info video en direct.


La sobriété heureuse, conférence :
http://www.canal-u.tv/producteurs/u...


30 années de GBEN


Sorti de presse fin octobre 2016, le carnet du CARHOP de Florence LORIAUX « Transformer la société par l’éducation, 30 ANS DE RéFLEXIONS ET D’ACTION DU GBEN » retrace l’histoire de notre mouvement.

Le livre (141 pages) est disponible au prix de 10 €. (plus les frais postaux éventuels).

On pourra trouver le livre chez quelques membres actifs du GBEN. Il peut être commandé à Ermeton s/Biert auprès d’Eugénie Eloy (12 € plus les frais de port) à verser sur le compte du GBEN Triodos BE22 5230 8031 3247 du GBEN asbl.



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