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Accompagner l’enfant en difficulté à l’école.
Réponses à l’enquête d’un collectif de conseillers pédagogiques.
Article mis en ligne le 25 février 2010
dernière modification le 10 décembre 2012

par Charles Pepinster
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1. Origine de ma réflexion, de mon attention aux difficultés des enfants à l’école ?

Je ne suis pas sûr de cerner une origine…
En y réfléchissant, c’est peut-être mon parcours scolaire cahoteux qui m’a aidé à ouvrir les yeux. Pour en savoir plus, veuillez vous référer au livre de Jean Houssaye : « Pédagogues de demain ? » [1].

Dès ma sortie de l’Ecole Normale, j’ai suivi des études de pédagogie mais j’étais préoccupé par un élève de ma classe qui traînait la patte et je ne voyais pas de solution dans mes cours très théoriques.
Comme je m’étais promis de ne jamais faire redoubler un élève, je me sentais coincé ; j’ai alors suivi, le soir, des « Cours Normaux d’enseignement spécial »…qui ne m’ont pas apporté grand-chose… mais qui ont fait que j’ai été appelé pour créer un institut médico-pédagogique à Marcinelle, le Bois Marcelle. Là, se sont retrouvés (était-ce une bonne idée ?) des enfants de 6 à 12 ans jugés impossibles à garder dans une structure traditionnelle : dé/classés ( !) caractériels, troublés instrumentaux (sic), a/scolaires.
Après 10 ans de direction, j’ai pris un brevet d’inspecteur cantonal et j’ai toujours ressenti une tendresse pour les élèves en souffrance dans les classes visitées pendant 18 ans. Je repérais facilement les canards boiteux et, souvent, je m’asseyais près de l’un d’eux et nous dialoguions. C’est au chevet, que j’ai appris à répondre à la question n°2.

2. Mon expérience professionnelle m’a amené à rencontrer de nombreux enfants en difficulté. Je pourrais citer 3 caractéristiques communes à tous les enfants qui vivent cette réalité.

• L’enfant, que l’école fait échouer, éprouve un ensemble de sentiments négatifs, pas tous présents chez le même écolier :
contre lui-même : mésestime de soi, culpabilité, tristesse, peurs. repli, rêverie, auto-punitions,
contre les autres : phobie de l’école, agressivité, haine.

• Il marque le plus souvent une habileté étonnante dans les activités non scolaires et paraît désemparé devant des questions simples posées en classe. Pourtant, il se montre plein de bon sens dans une conversation qui le concerne, il se situe bien - dans une posture dévalorisée certes - mais il ne manque pas de vocabulaire des sentiments.

• Son père n’est pas un bourgeois gentilhomme, sa mère n’est pas institutrice, il n’a pas l’école à la maison, il est victime d’un racisme social ordinaire, banal, qui va de soi : « Il n’a pas de chance ! »

• Il décroche de plus en plus si rien n’est fait.

3. Mes représentations de cette problématique ont évolué dans le temps

Au début de ma carrière, je croyais à la mesure de l’intelligence et je mettais en parallèle mauvais élève/mauvais QI. Je me résignais, faisant confiance aux charlatans de la psychométrie. Puis, au Bois Marcelle (qui continue à bien fonctionner) j’attribuais les progrès parfois spectaculaires de mes élèves à la médiocrité de ceux qui les avaient exclus. Je les trouvais souvent magnifiques, ces enfants ! C’est donc la réalité qui m’a ouvert (peu à peu) les yeux : décidément, les apprentissages réussis sans stress sont thérapeutiques. D’autres éléments comme la liberté de faire en équipe ce qui nous semblait bon. Ensuite cette certitude en l’immense capacité potentielle des enfants et la foi en à la résilience, tout ça nous a donné de l’audace. Je ne recevais pas d’ordres, d’une part mais, heureusement, j’étais bousculé d’autre part grâce à une équipe que j’avais voulue psycho-médico-sociale intégrée à l’établissement, équipe beaucoup plus progressiste que moi.

C’était dans les années 1963, 68, 73.

J’ai pu me décaper grâce aussi aux stages de training group, analyse institutionnelle, Education Nouvelle, etc. que j’ai beaucoup fréquentés, aux rencontres (des amis de longue date comme Albert Jacquard, Philippe Meirieu, Jacques Lisenborghs… puisque vous me demandez des noms) aux lectures, débats, colloques, groupes de travail, écriture, Groupe Belge et Lien International d’Education Nouvelle.

4. Vous me demandez si l’école fait partie du problème…

OUI !

Voici un article que je viens d’écrire et qui explicite ma réponse :

VOIR l’article

5. Vous me demandez comment j’appréhende la situation d’un enfant en difficulté à l’école ?

Ma réponse est simple : je tâche d’appréhender la situation d’apprentissage dans laquelle l’enfant échoue, pour la modifier avec le pédagogue qui n’en sort pas.
En français correct, un échec scolaire signifie un échec de l’école, comme les rayons solaires sont ceux du soleil…Mais l’école camoufle ses carences en disant que les difficultés viennent de l’élève et, tant qu’on y est, de sa famille. L’échec scolaire devient l’échec dû aux carences de l’élève. Il y a distorsion de sens.

6. Ce que j’ai appris, par mon expérience, qui pourrait aider les enseignants à mieux appréhender la réalité de ces enfants en difficulté et les guider dans leur travail d’accompagnement de ceux-ci, me demandez-vous…

C’est de miser d’abord sur le culturel et se mettre à faire apprendre le scolaire de manière créative et solidaire, donc culturelle. Pour cela, une conscience politique doit habiter tous les enseignants pour qu’ils comprennent que l’avenir de l’Humanité dépend de l’éducation des enfants d’aujourd’hui, tous capables.

7. Si je peux témoigner d’une réussite dans mon travail d’accompagnement d’enfants en difficulté ?

Oui, dans l’école communale d’Education Nouvelle que j’ai instiguée à Buzet (Floreffe) il y a 18 ans ; là, pas de redoublements.

8 et 9. Ce que je changerais d’un coup de baguette magique dans l’école ?

Changer une seule chose ne sert à rien, changer tout c’est possible. SI les enseignants attrapent la frousse des catastrophes qui les menacent eux en continuant à préparer le passé. A propos des enfants actuellement « en difficulté avec l’école », je dirais :

  • Ecoutez-les, ils ont cent milliards de cellules nerveuses.
  • Cassez vos habitudes, Cherchez vous-mêmes des voies différentes sans attendre de l’aide car vous êtes tous capables de les trouver si vous en avez le désir.
  • Cessez de punir, de menacer, de stigmatiser, de mettre des notes, de dénoncer les difficultés aux parents qui ne doivent connaître que les choses positives faites par leur enfant.

En bref, les enseignants doivent faire apprendre en groupes de solidarité de manière créative et solidaire et comprendre les cause du drame de l’enfant en difficulté en l’écoutant sans jugement.
Pour cela, c’est à eux de chercher, en équipes…et de les aider S’ ils le demandent.

Ch. Pepinster
 [2]

Le 29 janvier 2010

Notes :

[1vol. 2 Ed Fabert à Paris

[2Courriel : pepinstercharles@ymail.com


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